Parlons d’orthographe! / De l’ecole

Récemment, La convivialité était représentée à Mamer par ses créateurs, deux anciens professeurs belges. Le spectacle propose un petit voyage à travers les absurdités de l’orthographe française. Dans une chronique précédente, nous avons soutenu leur demande de rendre invariable tout participe passé conjugué avec avoir. D’autres suggestions émises mériteraient pour le moins d’être discutées, même si nous n’ignorons pas que les réformes de l’orthographe les plus modestes ont soulevé des vagues de protestations. Comment d’ailleurs trouver des compromis valables entre les tenants du conservatisme et les réformateurs qui vont jusqu’à proposer une transcription phonologique de la langue. Ce que je n’approuve pas dans le discours d’Arnaud Hoerdt et Jérôme Piron (les auteurs), c’est le populisme dans lequel ils plongent au cours d’un entretien accordé au Wort. Que peut valoir, dans une approche scientifique de la langue, une phrase comme: «Notre orthographe est une insulte à l’intelligence des enfants.»?

Dans le même genre, on retrouve quelque chose de fort approximatif: «Et comme l’orthographe est réservée depuis plus de quatre cents ans à des incompétents que l’on appelle les académiciens […] on a toujours l’orthographe la plus bête du monde.» C’est donner beaucoup trop d’importance aux Immortels dont le dictionnaire ne sera sans doute jamais terminé. L’exemple dont ils se gaussent, confiture de groseilles (pluriel), par rapport à gelée de groseille (singulier), est loin d’être convaincant; le Petit Robert met les fruits au pluriel après gelée, alors que Le Robert des Difficultés dit qu’ils sont «généralement» au singulier. La règle combattue par les auteurs est bien plus nuancée qu’ils ne le font croire. D’autre part, il suffit de jeter un coup d’œil du côté des deux autres langues enseignées à tous dans notre pays, pour se rendre compte que l’orthographe n’y est guère plus facile; pourquoi «aggressiv» avec deux g ou «tschüs» avec un seul s en allemand, pourquoi «rhythm» avec deux h ou «pronunciation» sans o (verbe: to pronounce) en anglais. «L’orthographe la plus bête du monde» est une affirmation qui demanderait la connaissance de toutes les langues avant d’être prononcée.

Il serait en tout cas faux de faire passer à nos enfants le message que l’orthographe du français, c’est du n’importe quoi. Je ne conteste en rien qu’elle constitue un instrument de sélection et que, comme tous ces instruments (latin, maths, …), elle avantage les classes sociales aisées où la lecture continue à être favorisée. Mais dans la situation actuelle, seul peut être recommandé un apprentissage soigné de cette orthographe, les illogismes inclus.

Jean-Marc de Jaeger (Le Figaro) nous rappelle l’importance d’une orthographe bien maîtrisée: «Vu les lacunes en orthographe des bacheliers, les écoles de commerce ont pris le problème à bras-le-corps. Car il suffit de quelques erreurs pour qu’un recruteur écarte une candidature. Des lacunes qui se reflètent sur les CV des étudiants et jeunes diplômés. Les CV comportent en moyenne dix-sept fautes, contre treize trois ans plus tôt.» Mieux vaut donc que nos élèves ne négligent en rien cette orthographe qui pourrait leur coûter cher plus tard.

André Wengler