Le pari de la droite / Viktor Orban, l’Union européenne et le PPE

Jacques Hillion / Si la victoire du Fidesz de Viktor Orban aux législatives hongroises du 8 avril est loin d’être une surprise, elle apparaît comme un défi pour l’Union européenne et le Parti populaire européen (PPE).

Du côté de l’exécutif européen, les félicitations ont été accompagnées d’une mise en garde sur le nécessaire respect des valeurs européennes. Jean Asselborn s’est, lui, montré moins diplomate allant jusqu’à estimer qu’il fallait «neutraliser la tumeur des valeurs».

Autant de mises en garde qui ne sont que la réaction face à cette récente montée en puissance du souverainisme – avec les victoires du FPÖ en Autriche et de la Ligue en Italie – et au développement de cet «illibéralisme» dont Orban se fait le chantre. Une politique autoritaire se traduit par le renforcement du pouvoir exécutif au détriment du pouvoir judiciaire. L’antithèse de ce qui constitue finalement le socle de la construction et des démocraties européennes.

Ce n’est pas un hasard si les leaders des droites extrêmes se réjouissent de cette victoire. Marine Le Pen (FN), Geert Wilders (PVV) et Beatrix von Storch (AfD) n’ont pas manqué de féliciter le Fidesz car ce succès conforte leurs voix – dont la campagne d’Orban a été l’écho fidèle –, eux qui craignent par-dessus tout le «grand remplacement» et se posent volontiers en défenseurs des «racines chrétiennes» de l’Europe. Ce satisfecit des droites les plus dures s’adresse pourtant à un parti, le Fidesz, dont les douze députés européens émargent au PPE. Lequel se positionne lui-même au centre droit de l’échiquier politique. Une grande famille politique qui regroupe aussi bien Angela Merkel que Jean-Claude Juncker, Laurent Wauquiez, Michel Barnier ou Viviane Reding.

Pourtant, le PPE veut composer avec cette épine dans le pied. Malgré les discours xénophobes et complotistes, le Fidesz ne serait donc qu’une «exception politique», le but étant de retenir Orban au sein de la famille et d’éviter ainsi de le voir s’éloigner à la manière du Polonais Kaczynski. D’autant plus que, jusqu’à présent, le Fidesz a suivi les consignes du PPE et que, selon ses responsables, il est toujours possible de recadrer Orban qui passe pour un homme politique adroit.

Sauf que sa large victoire risque de lui donner des ailes pour développer une rhétorique de plus en plus agressive et que son refus d’accueillir des migrants et de faire jouer la solidarité européenne a poussé les Italiens, dont le pays se retrouve désespérément seul pour gérer l’arrivée des migrants, à voter pour
la Ligue et le Mouvement
cinq étoiles.