Parfum d’humanité

Christophe Prevost /Expo photographique «Sapun Ghar» à Metz, jusqu’au 14 février*

Marc Lavaud, ancien premier assistant de Yann Arthus-Bertrand, expose dans deux lieux messins les photos de son reportage à Alep, sur les ancestrales savonneries.

490_0008_14130434_SapunAlep, historique carrefour commercial multimillénaire, perle du Proche-Orient. Aujourd’hui, ce sont les combats meurtriers qui la défigurent depuis bientôt quatre ans de conflit en Syrie qui font son actualité.

Alep est aussi l’un des berceaux de la tradition du savon, celui qui porte son nom, empreint de vertus médicinales: Sapun Ghar.

[cleeng_content id= »t1″ price= »0.49″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l’acheter à l’unité ou via un abonnement »]Suite à un reportage du magazine Des Racines et Des Ailes diffusé en 2007, le photographe Marc Lavaud tombe sous le charme de la ville et contacte la psychanalyste et peintre Françoise Cloarec qui intervenait dans le reportage. Elle le met en relation avec Fateh Didier Chehadeh, fabricant de savon à Alep. Ce dernier recevra Marc Lavaud entre 2008 et 2009, au cours des deux phases de fabrication du savon.

Odeurs et lumières

Une partie du corpus réalisé à Alep, qui a depuis illustré le livre de Françoise Cloarec, L’âme du savon d’Alep (2013, Editions Noir sur Blanc), nous est offerte à observer en deux lieux. La GaleriMur, récent espace dédié à la photographie exposant artistes en devenir ou confirmés, accueille la partie du reportage montrant la production du savon d’Alep dès la récolte des olives.

De (relatifs) petits formats – hormis un beau triptyque, alternant présences humaines et détails du produit –, nous permettent de comprendre un peu mieux la fabrication à base d’huile d’olive, de baie de laurier donnant au savon cette odeur particulière et ses vertus dermatologiques, et de cendres de salicorne du désert.

On voit la pâte d’un vert vif, chauffée puis étendue à même le sol sur de grandes surfaces. Après 8 à 48 heures, elle sera coupée en cubes qui, une fois séchés pendant sept à neuf mois en colonnades, prendront une couleur beige – la chlorophylle s’oxydant en étant privée de soleil.

A la Porte des Allemands, les photographies, plus grandes, ont une dimension plus graphique. Une lumière apaisante berce une vue aérienne d’Alep, celle vert doré caressant les savons en train de sécher, celle passant en puits à travers la voûte d’une cave, l’esthétique des tours de savons en quinconce…

Les hommes et les femmes sont placés au cœur du dispositif. Ici une femme passe les olives au tamis dans un champ, là un homme fait fonctionner la presse tandis qu’un groupe s’active autour du chaudron…

Au-delà d’une tradition millénaire, c’est là un hommage à la beauté de ces lieux séculaires, ces savonneries voûtées situées au pied de la citadelle et dont on sait qu’elles ont été bombardées. Et surtout à ceux qui y travaillaient. La générosité qui a émaillé ces rencontres perce dans les regards. Tout est empreint d’une belle luminosité. Comme si c’était là le remerciement qu’adresse Lavaud à cette ville et à ses habitants.

D’ailleurs, présentée dans l’exposition, une photo aérienne du carrelage de la Grande Mosquée d’Alep offerte par Arthus-Bertrand est vendue au profit du Comité d’aide au peuple syrien.

A la GaleriMur (32 rue des allemands) et à la Porte des Allemands – www.lagalerimur.fr

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