Parenthèse / Les enjeux de ce 14 octobre

Olivier Tasch / L’enjeu des législatives est somme toute assez simple: la parenthèse ouverte en 2013 et qui a envoyé les chrétiens-sociaux dans l’opposition va-t-elle se refermer?

Des cinq dernières années, on retiendra qu’un gouvernement sans le CSV fonctionne parfaitement bien. D’aucuns en étaient venus à en douter, puisque le CSV présidait aux destinées du pays sans interruption depuis 1979!

On retiendra surtout un bilan plutôt positif. Chômage en baisse, emploi en hausse, PIB stratosphérique, finances publiques maîtrisées, triple A et tutti quanti. Ajoutons les réformes nécessaires en matière de divorce, d’avortement, de nationalité, de politique familiale, n’en jetez plus!

Certes, tout n’est pas parfait et le Luxembourg n’est évidemment pas ce pays de Cocagne que certains dépeignent souvent à traits grossiers. Les inégalités persistent et malheureusement la misère sévit aussi dans un des pays les plus riches du monde.

Pour autant, à bien tendre l’oreille auprès de l’électeur, ce ne sont pas les questions d’ordre social qui mettent l’actuelle coalition en péril. D’une part, il y a la mobilité. A quoi bon s’acheter un bon gros SUV si c’est pour rester bloqué des plombes dans les bouchons?

Et puis il y a la fameuse question du logement. Le marché de l’immobilier est dopé par la bonne santé économique du pays. La spéculation n’y est pas non plus totalement étrangère.

Comme le signalait Jean-Claude Juncker, alors Premier ministre en 2012, le prix exorbitant des terrains est lié au fait que «des Luxembourgeois exploitent d’autres Luxembourgeois». En matière d’immobilier, la politique peut faire de beaux discours, mais elle ne peut certainement pas tout faire. On rappellera au passage le travail du trio Spautz-Boden-Schanck, ministres chrétiens-sociaux successifs du Logement entre 1984 et 2009…

Mais il est fort à parier que l’électeur votera en grande partie avec le cœur, ce qui ne laisse pas forcément beaucoup de place à la raison. Ainsi, un bon bilan gouvernemental n’est pas gage de réélection tout comme des décennies d’immobilisme ne sont pas forcément rédhibitoires pour revenir en force…

A quel point l’électorat conservateur se mobilisera-t-il contre la coalition? Quelle sera l’ampleur de la nuisance du discours identitaire?

Une chose est sûre: la politique parfois ne tient qu’à un fil ou à un siège… Aujourd’hui, la coalition en compte 32. Si au soir du 14 octobre, elle n’en comptait plus que 31, la parenthèse ne se refermera pas.