Paradis blanc

Marie-Anne Lorgé / On ne l’attendait pas de sitôt. Mais un proverbe promet que si «décembre aux pieds blancs s’en vient, an de neige est… an de bien». Or, oui, il a neigé! Et donc, sous cet angle, cette exclamation – coupable aussi de pagaille routière – justifie que le monde s’en étonne… oubliant les laits qu’il a sur le feu.

En même temps, tout ce bruit pour un flocon, est-ce bien

sérieux? – le solstice d’hiver étant prévu dans quatorze jours, à 17.27h.

Sauf que… «c’est délicat un flocon! On dirait un petit

secret fatigué, une douceur perdue, inconsolable» (Eric Vuillard dans Tristesse de la terre). C’est pourquoi on le laisse envahir nos conversations – au point de nourrir les supputations les plus folles: aura-t-on un Noël blanc?

Par défi, on allume tout,

déplorant du coup notre lien perdu avec la Voie lactée.

Alors, c’est dans les sous-bois, craquant sous le pas, que le blanc reste magique. Pénétrant la pensée comme un air pur.

Surtout ne pas combler les blancs. Laisser le silence se débrouiller, celui-là qui est fait de paroles que l’on n’a pas dites – dixit Marguerite Yourcenar, première femme élue à l’Académie française, grâce à Jean d’Ormesson,

décédée il y a pile trente ans.

Sans oublier la gaieté, cette politesse plaidée par le même d’Ormesson. Qui a toujours dit qu’il partirait sans avoir tout dit et… c’est aujourd’hui.