La papesse du multilinguisme / De l’ecole

De par le monopole d’uni.lu dans son secteur, on peut craindre que la parole de ses enseignants et chercheurs soit considérée comme vérité absolue, faute d’un filtre critique de la part d’instituts de même niveau, à l’instar de ce qui se passe dans les autres pays où les universitaires sont confrontés à des opinions divergentes. Cela est vrai en particulier pour les problèmes qui concernent notre pays et n’intéressent que rarement les universités étrangères.

L’enseignement des langues dans le cadre du multilinguisme luxembourgeois constitue un tel sujet; les convictions développées à uni.lu semblent paroles d’Evangile, même si le multilinguisme existait dans notre pays (et ne fonctionnait pas si mal que cela!) bien avant que l’idée d’une université ne naisse.

Dans le cadre de son enquête sur l’introduction du français pour les enfants en bas âge, il n’était ainsi que logique qu’une journaliste du Wort interviewe une représentante d’uni.lu en la personne d’Adelheid Hu, l’une des nombreuses Allemandes qu’on retrouve à Belval. Nous pouvons lire que celle-ci «habite depuis six ans au Luxembourg» et que «le système éducatif luxembourgeois ne lui est donc pas étranger». Admettons, même si la conclusion nous paraît hasardeuse.

Là où je peux la comprendre, c’est quand elle émet certaines généralités: «[elle] voit dans l’éducation multilingue non seulement une grande chance, mais aussi une nécessité». «L’enseignement des langues tient beaucoup de l’ouverture à l’altérité.» «[elle] met en garde contre la diabolisation du projet en raison de ses difficultés initiales. Un tel projet a besoin de temps.»

Malheureusement, Adelheid Hu, que d’aucuns considèrent comme la papesse du multilinguisme luxembourgeois, se lance dans des affirmations péremptoires quand la réalité de l’enseignement des langues dans notre pays est abordé. «En raison de la priorité accordée à la langue française, on devrait réfléchir à une plus grande flexibilité dans l’alphabétisation, donc également à des voies où le français est la langue plus forte et l’allemand la langue plus faible.»

Ce fantasme de l’alphabétisation en français constituerait éventuellement (et encore ce n’est pas certain) une facilitation pour les petits francophones, mais pour tous les autres, et j’y inclus la communauté étrangère la plus importante, celle des lusophones, cela aboutirait au chaos.

Quand on en vient à l’apprentissage du français, c’est la vieille antienne qui revient: «[elle] n’ignore pas l’aversion envers la langue française de beaucoup de Luxembourgeois qui a pour origine la façon dont le français est enseigné dans les écoles». Elle évoque un «enseignement des langues où on se trouve à l’aise». On ne devrait pas «toujours se comparer à un locuteur monolingue natif».

Notre papesse se trompe fondamentalement; le Luxembourgeois, dans ses études (universitaires incluses), dans son travail, dans sa vie culturelle, ne peut se contenter d’un maniement approximatif des langues. Dans une banque allemande, on lui préférerait alors un Allemand, dans une banque française, un Français. Un plurilinguisme «light» n’est en rien une préparation de nos enfants à une société de plus en plus globalisée.

André Wengler