Et les Palestiniens paient la note

Benjamin Netanyahou a promis aux colons d’annexer à Israël les colonies situées en Cisjordanie.

Je t’ai promis la semaine dernière de parler de la vassalisation de l’Europe par les Etats-Unis, via l’OTAN, mais l’actualité internationale galope comme un insupportable cheval débridé, notamment en Israël où Benjamin Netanyahou n’a pas été battu, comme toi et moi l’espérions, aux élections législatives anticipées du 9 avril dernier. On nous dira que les Israéliens forment un peuple souverain libre d’élire qui il veut. Même si ce «qui» est une extrême droite répugnante.

Car, oui, nous en sommes arrivés là. Les peuples, presque partout, dans notre Occident qui se veut civilisateur, posent leurs voix sur le plateau barbare de la balance politique. Là où l’on prétend offrir sécurité, ordre et identité, mais où, en réalité, on ne répand qu’intolérance, racisme et nationalisme.

Je sais qu’en parlant d’Israël, on se fait vite traiter d’antisémite, y compris quand on y rejette l’extrême droite. Ce qui m’attriste dans cela – et je sais que toi aussi, tu ne te sens pas à l’aise – c’est que les Juifs qui ont été, tout au long des siècles, les victimes de l’horrible persécution à leur encontre, persécution qui a culminé dans les chambres à gaz, donnent leurs voix à une des figures les plus farouches de l’extrême droite mondiale.

Et cette fois-ci, Netanyahou, plus que jamais, n’a reculé devant rien. Il a même promis qu’il allait annexer les colonies juives implantées en Cisjordanie, c’est-à-dire en terre palestinienne. On passerait donc de l’occupation à l’annexion pure et simple. Et on rayerait de la carte de l’espoir toute possibilité d’un Etat palestinien.

C’est avec cela que Netanyahou a acheté les voix des colons qui lui manquaient. Lors d’un vote, certes, pour ou contre lui, mais également en faveur ou contre une solution à deux Etats en Palestine. Et les Israéliens ont censuré majoritairement tout espoir palestinien de ce côté-là. Comme si souvent, les Palestiniens sont les premières victimes de la politique intérieure israélienne.

Car voilà que, après l’annonce de l’annexion du plateau du Golan, et la proclamation de Jérusalem comme capitale, un autre pas décisif est en passe d’être franchi vers le Grand Israël propagé par les coryphées les plus belliqueux de l’échiquier politique israélien. Un pas qu’aucun Premier ministre, de droite ou de gauche, n’avait encore osé franchir.

Or tu sais comme moi que c’est pour sauver sa propre tête que Netanyahou s’est enfoncé jusqu’au cou dans ce marécage-là. Lui qui traîne tant de casseroles derrière lui qu’il n’aurait, s’il perdait son poste, que la prison pour horizon.

Et ça a marché. À Washington on a bien sûr applaudi. L’innommable Mike Pompeo, secrétaire d’Etat états-unien, a aussitôt martelé que l’extension de la souveraineté israélienne aux colonies en Cisjordanie ne nuirait pas au plan de paix élaboré par l’administration Trump. Pour cause. Ce plan organise le vol des territoires palestiniens.

Jean Portante