Orbanistan / Quelle Union européenne pour demain?

Olivier Tasch / Pour le Luxembourg, les élections européennes qui se profilent n’ont pas la même saveur que celles de 2014. Voilà cinq ans, le candidat à la présidence de la Commission européenne n’était autre que Jean-Claude Juncker. Paradoxalement, pour le Grand-Duché, c’était le point final de l’ère Juncker, un Premier déchu après dix-huit années passées à la tête du gouvernement. Sa gestion controversée du service de renseignement l’a fait tomber de son piédestal et a ouvert la voie à un nouveau gouvernement sans lui, et surtout sans son parti qui présidait aux destinées du pays de manière ininterrompue depuis trente-quatre ans.

Son parti, le CSV, n’affiche aujourd’hui plus la même superbe; preuve en est sa liste pour les européennes. C’est pour ainsi dire une liste d’inconnus, si ce n’est Isabel Wiseler, la femme du candidat malheureux aux dernières législatives. Qu’il est loin le temps où le CSV pouvait s’appuyer sur de véritables aspirateurs à voix, à l’instar de Viviane Reding. On entend sans cesse débattre de la crise de la social-démocratie, mais que dire de la démocratie-chrétienne dont se réclame le CSV? Réunis au sein du PPE (Parti populaire européen), les démocrates-chrétiens s’apprêtent d’ailleurs à enfin annoncer la couleur, ce 20 mars, sur la question Orban. Attaques contre l’indépendance de la justice et des médias, contre la liberté académique, refus d’accueillir des demandeurs d’asile, le Fidesz, parti du dirigeant hongrois, Viktor Orban, n’est pas l’élève exemplaire du PPE, lequel, jusqu’ici, s’accommodait très bien des dérives hongroises, tout en revendiquant la promotion des valeurs de l’UE, à savoir l’Etat de droit, la démocratie et le respect des droits de l’Homme. Au PPE, s’attaquer à la démocratie passe encore, mais on ne touche pas à la famille! La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est en effet la campagne d’Orban pour les européennes avec des affiches accusant Juncker et le milliardaire d’origine hongroise, George Soros, de comploter pour attirer davantage de migrants musulmans en Europe. Le sort du Fidesz est pourtant loin d’être scellé car au sein du PPE, d’aucuns estiment que perdre Orban, c’est un désastre encore plus grand avec la perspective de la création d’un groupe à la droite du PPE. Et pour Manfred Weber, celui qui s’imagine en successeur de Juncker, chaque voix compte, fût-elle sulfureuse. Notamment parce que c’est un illustre inconnu, qui n’a jamais joué de rôle national dans son pays d’origine, l’Allemagne. Comme au CSV, le PPE prêche le renouveau…