Opinion : Pagaille en gare et m’en foutisme

Les récents problèmes autour des TGV ne sont que le symptôme d’un système fait de bric et de broc. 

La France va donc accueillir les Jeux Olympiques en 2024. Bravo. Les piliers du pays s’y préparent déjà activement, avec la SNCF en tête du génie technologique national. Dimanche 30 juillet, pile poil pour le chassé-croisé touristique du début août, un court-circuit intervenu dans la station de Vannes et localisé seulement 48 heures plus tard, a bousillé les plans de voyage de dizaines de milliers d’utilisateurs des TGV.

Service public oblige, le public ne fut servi qu’avec des informations parcimonieuses. Je comptais rallier à partir de St Malo la Gare de Montparnasse, pour ensuite prendre un TGV à la Gare de l’Est afin d’atteindre Luxembourg dimanche soir. Une réunion très importante m’y attendait lundi matin.

A St Malo les nombreux voyageurs apprirent d’abord que leur train aurait 10 minutes de retard. Soit. Pendant l’attente un train régional partit pour Rennes. Quelques voyageurs avisés le prirent. Les autres furent surpris 10 minutes plus tard par l’annonce de l’annulation pur et simple du TGV vers Rennes.  Lot de consolation : Un autre TER partirait 30 minutes plus tard et rallierait Rennes en 50 minutes.

Je sautais dans un taxi. A Rennes un TGV attendit les voyageurs du premier TER en provenance de St Malo, pour partir avec un retard de plus d’une demi-heure. Il fila à petite vitesse vers Paris, s’arrêtant à diverses reprises en rase campagne, généralement dans un tunnel. Comme le bar du train était également devenu une victime du bug technologique, l’attente devint de plus en plus longue pour les voyageurs captifs.

Enfin une voix nous annonça que le train allait être dérouté vers la Gare d’Austerlitz, après un arrêt en Gare de Massy. Un contrôleur sympa glissa aux voyageurs un conseil qu’il ne pouvait assumer officiellement : Qu’il valait mieux descendre à Massy et rejoindre par le RER la Gare du Nord. Ce que beaucoup de gens firent. La Gare RER de Massy est distante de la Gare TGV de quelques 200 mètres. Une fois arrivés en Gare RER, un contrôleur  recommanda aux quelques douzaines de naufragés du TGV de retourner dans la gare principale pour y acquérir un ticket RER car sur les 3 distributeurs installés en Gare RER, uniquement un seul fonctionnait ! Un des voyageurs eut alors l’idée lumineuse d’acheter des carnets de dix, qu’il revendit aux autres avec un petit bénéfice. Cela s’appelle l’esprit d’initiative qui manque si cruellement au service dit public.

Enfin arrivé Gare du Nord il me fallait rejoindre en métro la Gare de l’Est, où bien évidemment la dernière correspondance vers Luxembourg était partie depuis plus de deux heures. Le premier guichet d’information de la SNCF m’orienta vers un guichet plus central, devant lequel s’étira une file interminable de voyageurs en rade. Comme il était déjà près de 23 heures, je me résignai à prendre un taxi qui m’emmena vers ma destinée finale, où j’arrivai vers 4 heures, délesté d’une coquette somme.

Revenant en TGV mardi le 1er août je réussis à joindre la Gare de l’Est sans encombre. Sauf que le guichet d’information de la RATP (c’était l’heure du déjeuner) n’était pas occupé. Arrivé enfin Gare de Montparnasse le premier panneau affichait « Momentanément en panne ». Le court-circuit de Vannes avait manifestement des répercussions insoupçonnées. Les toilettes du Restaurant en Gare de Montparnasse étaient « momentanément » hors service et les clients étaient priés d’utiliser les toilettes de la Gare. Sauf que dans ces toilettes publiques, une fois payés 70 cent, 2 toilettes sur 3 étaient également indisponibles « temporairement » !

Encore heureux que de gentils collaborateurs de la SNCF attendaient les voyageurs pour leur expliquer que le vaillant service public avait réussi à relancer après 2 jours la machine en assurant « 3 TGV sur 4 ». Manque de peau, les deux TGV devant relier St Malo dans l’après-midi étaient du nombre des trains « sacrifiés ». Il ne me resta donc qu’à prendre le premier TGV pour Rennes, pour rallier ensuite la cité corsaire par le TER. Qui fut ponctuel.

Des incidents techniques sont toujours possibles. Mais un service public est tenu à informer correctement les citoyens-clients, à les encadrer correctement, à organiser des alternatives. Mais à côté des grandes pannes il y a les petites pannes du quotidien, qui relèvent d’un « je m’en foutisme » trop étendu.

Si la France veut dignement accueillir le Monde aux Jeux de Paris, il reste  des efforts à faire.

Robert Goebbels