Obsessions /«Une intime conviction» d’Antoine Raimbault

Misch Bervard / A un moment où l’actualité cinématographique dans notre pays n’est pas la plus intéressante, force est de constater que le nombre de films à l’affiche qui sont basés sur des personnages ou événements réels est tout de même impressionnant.

Il y a bien sûr les classiques biopics plus ou (le plus souvent) moins réussis: Colette, ou le grand-guignolesque Bohemian Rhapsody. Ensuite il y a quelques productions hollywoodiennes, plutôt très médiocres, qui semblent utiliser l’argument des faits réels pour véhiculer leurs valeurs familiales et humaines plus que douteuses, comme The Mule de Clint Eastwood ou Green Book. Et finalement il y a les quelques exceptions, que l’on regarde comme de vraies œuvres personnelles de création cinématographique dont le fait qu’elles soient inspirées par des personnages historiques et des faits réels a très peu d’importance. Dans cette catégorie on a parlé récemment de The Favourite, et l’on s’intéressera cette fois à Une intime conviction.

Avouons que nous étions d’abord plutôt méfiants lorsque, au moment de sa sortie, les médias français – pour ne pas citer Naguy sur France Inter – nous inondaient, à côté des habituelles interviews promotionnelles d’acteurs, d’avis d’experts qui n’en finissaient pas de nous parler de la ressemblance des personnages du film avec les vrais protagonistes de l’affaire Viguier, et de la justesse de la représentation des procédures judiciaires.

Pour le cinéphile, un bon film de procès n’est pas forcément celui qui respecte au mieux ces procédures (en réalité généralement très incompréhensibles et ennuyeuses pour le commun des mortels), tout comme un bon western n’est pas automatiquement celui qui respecte le nombre réel de balles contenues dans tel ou tel modèle de pistolet. Parmi les procès que nous avons suivis avec intérêt au cinéma, depuis La passion de Jeanne d’Arc de Dreyer, jusqu’aux nombreuses adaptations de John Grisham, en passant par des chef-d’œuvres de Preminger, Hitchcock, Orson Welles, John Ford ou Sidney Lumet, le réalisme seul a rarement été le critère pour nous convaincre de ce que le film était bon ou non.

En découvrant Une intime conviction, nous étions donc agréablement surpris que ce premier film du scénariste Antoine Raimbault n’avait en fait pas besoin d’une telle campagne promotionnelle basée sur la fidélité à la réalité, et attisant le voyeurisme des spectateurs attirés par la possibilité de voir des vrais suspects de meurtre représentés à l’écran.

L’héroïne de Raimbault, c’est Nora (Marina Foïs). Elle a assisté au premier procès de Jacques Viguier (accusé du meurtre de sa femme dont on n’a jamais retrouvé de trace), et est convaincue de son innocence.

Voilà pourquoi, des années plus tard, à l’occasion du procès en appel, elle arrive à convaincre un avocat célèbre (Olivier Gourmet) de prendre en charge la défense de Viguier, et assistera celui-ci dans sa préparation, notamment en épluchant et en retranscrivant des centaines d’heures d’écoutes téléphoniques absentes du premier procès.

Très vite se détache, dans la tête de Nora comme dans celle du spectateur, un nouveau suspect, un coupable idéal, et donc un antagoniste scénaristique de rêve. Dupont-Moretti, l’avocat, reproche d’ailleurs à notre protagoniste de lire trop de romans policiers. Mais c’est tout ce qu’il nous faut, à nous les spectateurs, pour être aussi fascinés que Nora par les secrets de cette affaire, d’autant plus que le nouveau suspect était l’amant de la disparue, et qu’il semble maladivement obsédé par la nécessité d’incriminer son rival, le mari.

Et comme toute bonne héroïne de film, Nora va évoluer tout au long de cette histoire, jusqu’à devenir elle-même obsédée par la culpabilité de l’amant, et donc à ressembler de plus en plus à celui-ci… pour finalement être confrontée à ses propres démons qu’elle devra vaincre.

Notons pour l’anecdote que Nora est le seul personnage fictif du film, créé de toutes pièces pour l’occasion par le cinéaste, comme l’indique le générique de fin. Mais franchement, on s’en fiche comme de l’an 40: tout ce qui devrait importer au spectateur à ce moment-là, c’est qu’il ait passé deux heures avec Nora, au milieu d’un ensemble de personnages complexes, dans un contexte passionnant et dans un film de genre plus que réussi.