O tempora, o mores / Coup de cœur

Au risque de m’attirer les foudres de Jupiter, je ne puis m’empêcher de dire une fois de plus ce que je pense de la manière dont s’habillent désormais la plupart des gens. Et chaque jour les tenues dégringolent davantage la pente. Revenant d’une croisière sur un mastodonte des mers avec des milliers de personnes à bord, même les 200 privilégiés qui s’étaient offert le dénommé Yacht Club avec cabines, restaurant, bar, spa et services à part, semblaient pour la plupart avoir confondu les lieux avec ceux où ils sautent du lit le matin. Ou presque. Ahurissant et cela même les jours de Pâques où la plupart des hommes étaient à table en bras de chemise, souvent à manches courtes pour qu’on ne rate pas leurs impressionnants tatouages.

A l’heure de l’apéritif, on circulait au bar en short et
t-shirt, on parlait haut et fort pour manger un peu plus tard coudes sur la table et portable en main! Côté dames, c’était un rien moins grave mais quels assemblages inénarrables! Il faut dire que la mode actuelle, celle des défilés et des grandes marques où les créateurs semblent se défouler à coeur joie et donner vie à leurs fantasmes, n’inspire plus guère à cette élégance incroyable qu’on a connue du temps des Dior, Givenchy, Chanel, Balmain, Balenciaga, Saint Laurent.

Mais, avec les temps qui ont changé, nos modes de vie en ont fait de même et on ne sort plus guère son costume-cravate et sa robe du soir pour aller au concert, au théâtre ou à la messe du dimanche. C’est pourquoi j’insiste toujours pour qu’on indique sur les cartons d’invitation à des fêtes et événements une tenue bien précise, car, même alors, il y en a pas mal qui ne se voient pas obligés de suivre les consignes.

Peu savent encore faire la différence entre jaquette, cravate noire et cravate blanche et moins de personnes encore sont capables de dire ce qu’on entend par robe-cocktail. Certainement pas un pantalon, fût-il du soir! Mais j’avoue qu’il n’est désormais pas facile de trouver ce genre de vêtements, à moins d’avoir de la chance et d’en dénicher chez cette marque espagnole au bon goût et aux petits prix qui a conquis le monde ou alors de dépenser une fortune chez les stylistes qui ont la cote mais qui en font parfois un peu trop. Allez voir la collection de chaussures d’été de Balenciaga! Vous aurez tout compris.

Je me souviens des critiques que j’ai eues en commentant l’année dernière à la télévision les tenues des participants à la cérémonie civile de la Fête nationale à la Philharmonie. Or, il est très difficile de dire du bien de ce qui ne l’est pas, surtout si ceux qui vous ont convié à l’antenne attendent de vous de ne pas trop ménager vos paroles. J’ai ainsi vu me reprocher ma remarque qu’une des dames balançait au bras un sac bien trop grand pour l’occasion et que du côté souliers, il y avait des paires qui n’étaient vraiment pas du genre à s’avancer sur un tapis rouge.

Quant aux chapeaux, il ne faut surtout pas en porter si le carton d’invitation ne l’exige pas.

On n’arrêtera plus le laisser-aller regrettable qui se propage comme une traînée de poudre.

Voilà qu’en terminant cette chronique, un ami m’appelle. Il venait d’assister à la première communion de son neveu en l’église de Reisdorf. Il n’avait pas de paroles assez sévères pour me parler, scandalisé et incrédule, des tenues indignes qu’il venait d’y voir! Le mot respect ne semble hélas plus avoir de sens pour beaucoup de gens. Mais, comme diraient ceux qui considèrent tout cela avec plus d’indulgence que votre serviteur: «O tempora, o mores!»

Pierre Dillenburg