Nuit magique

Marie-Anne Lorgé / De la guimauve, jaune et rose, taillée à l’effigie du roi des cadeaux – avec son fameux chapeau, sa mitre, qui aujourd’hui fait polémique (Père Fouettard est lui aussi passé sur le gril, taxé de «stéréotype négatif») –, je garde un souvenir impérissable… lié à de longues heures d’attente quand mes frères, ma sœur et moi, on ne doutait pas de l’odyssée d’un céleste vieillard (vingt siècles au compteur), capable de parcourir des milliers de kilomètres en une seule nuit, à dos d’âne qui plus est, sans finalement se tromper d’adresse.

C’est que l’homme à barbe blanche vient longtemps à l’avance tâter le terrain. Et l’enfant (sage ou non) le sait, qui s’applique à aligner ses souliers devant la cheminée (fenêtre et porte font aussi l’affaire), une attention gratifiée le lendemain d’un dépôt de nicnacs, massepain ou mandarines. Le scénario se

répète jusqu’à la nuit de la grande distribution: au lever du 6 décembre, les jouets

jubilent, les parents aussi, même en oubliant les piles.

Du reste, on n’imagine pas que nos parents puissent

donner un coup de main au patron des écoliers pour ses achats. On n’imagine d’ailleurs pas que saint Nicolas achète quoi que ce soit. Il suffit d’une lettre, postée rue du Ciel, et le tour semble joué. L’enfant est une île. Et parfois, la magie est ambiguë. Quant au rêve, «c’est fait… pour être rêvé» (Coluche).