Nouvelle vague de liquidités: les banques européennes boivent la tasse / Vu des marches

Et voilà, c’est reparti pour un tour! Après avoir mis un holà à la tendance haussière des marchés au début de l’automne, avoir fait la sourde oreille aux signes de ralentissement de l’économie mondiale, à la chute des bourses, à l’assèchement du marché du crédit et avoir même résisté aux menaces de Trump, la Fed, et son président Jerome Powell, ont finalement cédé mercredi dernier aux caprices des uns et des autres. Dorénavant plus rien ne presse en ce qui concerne la normalisation de la politique monétaire aussi bien aux Etats-Unis que dans le reste des économies développées. Pas de hausses des taux à l’horizon et possibilité de désenclencher le pilote automatique de réduction du bilan de la Fed prématurément si nécessaire puisque la croissance s’étiole et l’inflation est toujours bien absente. Quel revirement par rapport à l’année dernière, jour pour jour, où les inquiétudes étaient plutôt la surchauffe de l’économie et l’emballement des salaires…

Bref, tout le monde est content. Sur les marchés surtout puisque le retour annoncé de la répression financière fait les beaux jourx des actions, des obligations et même de l’or avec des taux réels, à savoir net de l’inflation, qui repartent à la baisse. Un rendement nul sur un actif réel est certainement une meilleure proposition d’investissement qu’une promesse de devoir payer un intérêt à un gouvernement endetté pour avoir le privilège de financer sa dette. Il ne reste plus qu’à espérer que la croissance ne soit dorénavant ni trop froide (craintes de récession), nitrop chaude (la Fed devrait finalement quand même resserrer le robinet monétaire) ces prochains mois.

Parmi les quelques perdants dans ce scénario, on dénombre les épargnants prudents et les futurs retraités qui ne verront certainement pas de sitôt la rémunération de leurs avoirs progresser, le billet vert (mais c’est un mal «nécessaire» pour redonner de l’oxygène à l’économie mondiale) et … les banques européennes. Alors que leurs valorisations sont clairement bon marché, il manque un déclencheur essentiel à leur revalorisation: cette fameuse hausse des taux qui est donc repoussée aux calendes grecques. Dans un environnement caractérisé par des taux bas, une croissance molle et des coûts légaux et administratifs en constante hausse, la rentabilité des banques va demeurer au mieux plafonnée. Les banques deviennent ainsi plus sûres mais beaucoup moins profitables, à l’instar d’un «service public», sans véritable attrait pour les investisseurs si ce n’est celui d’un bon dividende pour celles qui sont surcapitalisées ou d’histoires spécifiques de restructuration et de croissance externe. Et pour ceux qui spéculent sur une aide indirecte de la part de la BCE dès ce printemps, en vue de compenser la pression sur les marges des banques du fait de sa politique monétaire ultra-accommodante, via un «TLTRO» (opérations ciblées de refinancement de long terme, à bon compte, accordées aux banques), ils risquent de boire à nouveau la tasse dans cet océan de liquidités.

Fabrizio Quirighetti

SYZ Asset Management