Nouveautés vs traditions / Saisons 2018/19 du monde du classique

Sylvie Martin /Quand l’Orchestre philharmonique du Luxembourg (OPL) s’intéresse à la musique française, les Solistes européens Luxembourg (SEL) partent, dès le 24 septembre, dans l’espace avec Les Planètes de Gustav Holst. Christoph König, leur chef, à l’insatiable curiosité, prendra les chemins musicaux détournés qu’il aime tant pour aborder des compositeurs tels que Wilhelm Karl Friedrich Fitzenhagen, David Popper, Anton Felix Schindler, Erkki-Sven Tüür, Albert Dietrich ou Joachim Dorman.

L’OPL multiplie les enregistrements et les concerts à l’étranger: de Paris à Madrid en passant par Istanbul et Salzbourg. Le chef, Gustavo Gimeno, se réjouit de mettre en avant «le côté mature de l’orchestre». En octobre, au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, il présentera, pour la première fois, un opéra concertant, Rigoletto de Verdi, avec l’OPL et le Philharmonia Chor Wien. Lui qui se dit «influencé par la pratique historique», n’hésitera pas à «revisiter» de nouvelles pièces, de Dutilleux à Verunelli, en passant par Sibelius, Poulenc, Bach ou Verdi pour «sortir le meilleur de la musique». L’OPL continue son travail avec de grands solistes: place à la pianiste Yuja Wang, au violoniste Leonidas Kavakos et aux pianistes Katia et Marielle Labèque. Tandis que, du côté des SEL, c’est la pianiste et compositrice pionnière, Louise Farrenc, qui continue de faire tourner les têtes. Ils la présenteront, en compagnie de Jean Muller, le 26 novembre.

La promotion des talents luxembourgeois est également au cœur des programmes des trois institutions. Les SEL proposent le cycle «Camerata» avec, entre autres, la soprano Patricia Freres, Annemie Osborne, Michel Mootz – «la programmation pour la saison suivante est déjà finalisée tellement la demande est forte», précise Eugène Prim, leur président. L’OPL jouera avec le Luxembourg Jazz Orchestra, Gast Waltzing ou encore Pascal Schumacher. Stephan Gehmacher, directeur général de la Philharmonie, le répète: «Une de nos missions est de promouvoir les musiciens et ensembles luxembourgeois, ici et à l’étranger». C’est ainsi que la pianiste Cathy Krier fera découvrir le yoga dans le cadre de quatre sessions musicales et sportives.

Le tout dans une Philharmonie à la programmation tous azimuts. A l’image de la carte blanche offerte à trois artistes en résidence: la pianiste Yuja Wang, le chef Philippe Herreweghe, «un des fondateurs du mouvement de musique ancienne», et le pianiste de jazz américain, Brad Mehldau. Une résidence qui permet «depuis trois ans à des artistes d’offrir plusieurs aspects de leur vie artistique», précise Stephan Gehmacher. Ces trois artistes, aux racines culturelles très différentes, côtoieront une musique du monde en pleine effervescence, entre la 3e édition du festival dédié aux musiques des pays lusophones, «Atlântico», du 9 au 14 octobre – dont le poète brésilien Vitor Ramil, une grande fête capverdienne, la voix de la jeune Angolaise, Aline Frazao, et Cristina Branco en clôture –, le cycle «Autour du Monde» et ses 8 concerts – tels les Punch Brothers le 14 novembre, ou Mariza dans son tout nouveau projet.

Des valeurs sûres – les solistes Jordi Savall, Lang Lang, la soprano Patricia Petibon, Grigory Sokolov – reviennent, ainsi que de grands chefs, comme Sir Simon Rattle à la baguette du London Symphony Orchestra ou «Herbert Blomstedt le dirigeant le plus âgé encore en activité, avec le Wiener Philharmoniker», précise Stefan Gehmacher. Les cycles à succès comme «Lunch Concerts», «Ciné-Concerts», ou «Chill at the Phil» continuent. Très apprécié du public luxembourgeois, Jean-François Zygel revient plusieurs fois, dans 3 «Dating+» avec Schubert, Rachmaninov et Ravel. Plus intimes, les concerts donnés dans la salle de Musique de chambre permettent d’intenses moment de musique avec des artistes tels que des «Rising Stars» – la harpiste Anaïs Gaudemard –, des quatuors à cordes – le Jerusalem Quartet –, des voix – celle du ténor Ian Bostridge avec le pianiste Brad Mehldau – ou encore avec le violon de Renaud Capuçon, dès le 25 septembre.

Place aux nouveautés proposées par le festival Rainy Days, dont le fil rouge «Get real» mettra la musique contemporaine en lien avec la réalité, par le jazz, dont la première de Jan Gabarek, en avril 2019, est à signaler, à côté du retour d’Anouar Brahem et de son quatuor, de «la voix suave et profonde» de Gregory Porter et de la musique intense de Rokia Traoré.

La saison 2018/19, ce sont aussi des cadeaux, à l’occasion des 30 ans des SEL ou de la Saint-Nicolas, tel l’orgue délirant de Cameron Carpenter… pour des mélomanes finalement fichtrement gâtés toute l’année.

Comment les surprises des SEL et l’ambitieux travail de l’OPL se retrouvent au cœur d’un foisonnement musical, si cher à la Philharmonie.