Un nouveau Guernica / Les civils de la Ghouta cibléspour faire plier l’opposition au régime syrien

Jacques Hillion / En Syrie, le massacre continue dans un silence assourdissant. C’est aujourd’hui la Ghouta orientale, aux portes de Damas, qui est bombardée quotidiennement. Hôpitaux, abris, bétail sont visés. Le scénario d’Alep est en train d’être reproduit. Les civils constituent la principale cible. C’est la guerre moderne, celle qui prend les civils en otage, dans sa forme la plus abjecte. D’autant plus abjecte qu’elle se produit dans un contexte de résignation internationale. Le constat est amer mais, pour l’Occident, le principal ennemi, Daech, est vaincu ou sur le point de l’être totalement. Le champ est libre pour Bachar Al-Assad et son allié russe, lesquels n’ont que faire des cris d’orfraie de la diplomatie internationale.

La Ghouta est l’épine dans le pied du régime syrien. C’est de cette région que l’Armée syrienne libre avait lancé la bataille de Damas en 2012. L’emploi du gaz sarin, qui a tué 1.300 personnes un an plus tard, n’a pas mis fin à l’ensemble hétéroclite de milices d’opposition qui tiennent la région laquelle fut pourtant intégrée dans l’accord de «désescalade» conclu par la Russie, l’Iran et la Turquie.

Cette banalisation de l’horreur n’est pas seulement une tactique. Le régime reprend du poil de la bête et vise maintenant la reconquête de l’ensemble du pays en faisant plier les forces d’opposition sous l’œil de Moscou, qui est le véritable maître d’œuvre du rapport de force sur le terrain.

C’est ainsi que l’on voit les troupes loyalistes s’allier aux Kurdes d’Afrin qui font face à l’armée turque. C’est certainement moins l’aide aux Kurdes que l’extension de sa zone d’influence que le régime vise.

Plus que jamais, la guerre de Syrie s’avère être le terrain de jeu des grandes puissances qui s’affrontent par belligérants interposés.

Le rapport de force qui s’installe est clairement en faveur du régime et de ses alliés iranien et russe, même si, pour le moment, il ne s’est pas encore traduit politiquement. L’échec de la conférence de janvier pour un règlement du conflit en est l’expression.

Si cela explique le silence des Occidentaux, qui n’attendent finalement qu’un faux pas de la part de Moscou, il n’excuse en rien ce nouveau Guernica qu’est le massacre actuel de la Ghouta.