Le non-choix / Numéro d’équilibriste au Moyen-Orient

Olivier Tasch / Au Moyen-Orient, le président russe Vladimir Poutine opte pour une géopolitique du non-choix entre l’Israël de Netanyahou et la Syrie d’Al-Assad. La complexité des enjeux du terrible conflit qui s’éternise en Syrie s’en retrouve d’ailleurs renforcée. Le nouveau passage à l’action d’Israël, ce 10 février, n’arrange pas les choses. L’Etat hébreu mène «la guerre entre les guerres», qui consiste à maintenir la partie du Golan syrien en une sorte de zone fantôme. Là, au nord de son territoire, il craint en effet l’installation de milices chiites ouvrant un nouveau front contre lui.

C’est cette idée qui a amené Israël à intervenir cette semaine en abattant d’abord un drone qui survolait son territoire et qu’il a identifié comme étant iranien – la République islamique reste l’ennemi numéro un – et en bombardant des cibles dites iraniennes en Syrie ensuite. Au passage, un F16 de Tsahal a été abattu et Israël en a remis une couche. Une fois encore, on joue avec le feu puisqu’une base régulièrement utilisée par les forces russes a été frappée. Ce n’est pas la première fois qu’Israël frappe en Syrie, mais c’est la première fois qu’il y perd un avion de combat. Et c’est sans doute à cause de l’intervention russe en Syrie.

En effet, c’est grâce aux Russes qu’Al-Assad dispose d’un système de défense antiaérienne étendu.

Jusque-là, tout le monde s’accordait à dire que les raids «stratégiques» israéliens étaient menés en concertation avec la Russie et avec une passivité presque assumée du régime syrien. La dernière frappe en date semble donc bien différente et le Hezbollah libanais se réjouit déjà d’un changement d’équation car
Israël n’a plus la maîtrise du ciel.

Vladimir Poutine, lui, continue d’entretenir une relation ambiguë avec Bibi Netanyahou.

Pour la Russie qui soigne son entente avec Téhéran, il est préférable de cultiver de bonnes relations avec Israël où la communauté russe représente 20% de la population. Aussi, lorsque le président de l’autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, sachant qu’il n’y a rien à attendre des Etats-Unis se tourne vers le Kremlin, il est reçu par un président russe méprisant, qui lui annonce qu’il vient de s’entretenir avec Donald Trump…

Moscou ne veut pas prendre parti, et souhaite encore moins jouer les médiateurs. Une position qui ne sera pas tenable bien longtemps et obligera l’homme fort de Moscou à faire un choix.