Noces de platine / Coups de cœur

Le couple de tous les records vient d’en ajouter un autre à son palmarès, et pas n’importe lequel: 70 ans de vie commune, une gageure par les temps qui courent. Car, alors que trois de leurs enfants ont divorcé, Elisabeth II et Philip de Grande-Bretagne ont tenu bon, en puisant leur force dans le regard de l’autre, au cours d’une vie qui ne fut vraiment pas de tout repos et qui a connu ses heurts et malheurs. C’est le moins que l’on puisse dire.

Allant allègrement vers leur cent ans d’âge, ils peuvent jeter un fier regard en arrière sur une vie au service de la nation et du Commonwealth, une vie qui leur a fait connaître dans des conditions privilégiées le monde entier et tous ceux qui y ont joué, comme eux, un rôle de premier plan. Et parmi tous ceux-là, la reine Elisabeth reste l’exception quant à la durée de son règne et, depuis la démission de l’inénarrable Mugabe, elle est en outre devenue le Chef d’Etat le plus âgé du monde.

Alors que les jubilés successifs de la reine et ceux du couple ont été célébrés jusqu’ici avec cette pompe dont les Britanniques ont le secret, les noces de platine n’ont donné lieu qu’à un dîner de gala au château de Windsor auquel seuls les membres de la famille et les amis intimes du couple à l’honneur ont assisté.

C’est ainsi qu’on a pu voir, en attendant les festivités du soir, le prince Philip promener en calèche ses neveux, le margrave de Bade et son frère Ludwig, fils de sa défunte sœur Theodora, à travers le parc de Windsor, tandis que la reine – tenez-vous bien! – était montée à cheval la veille au même endroit en bravant les vents automnaux.

Parmi les invités figuraient aussi les deux demoiselles d’honneur survivantes du mariage royal de 1947, la princesse Alexandra de Kent, cousine germaine de la reine, et Lady Pamela Hicks, veuve du célèbre architecte d’intérieur et fille de Lord Mountbatten, oncle du prince Philip et dernier vice-roi des Indes.

Quand on considère tout ce qui précède sous l’angle du grand âge du couple royal, on ne peut qu’admirer ces deux êtres exceptionnels, intimement soudés en dépit des hauts et des bas qu’a dû connaître leur illustre couple au fil des ans.

Le prince Philip n’a-t-il pas dit un jour que la reine avait le don de tolérance en abondance et n’a-t-elle pas avoué publiquement que son prince charmant, certainement fort courtisé par la gent féminine, a été en toutes circonstances son plus grand soutien et son permanent et fidèle refuge?

Ce que beaucoup ignorent, c’est que la reine a l’humour grinçant et peut à merveille imiter ses interlocuteurs, surtout si ce sont de vrais personnages, comme certains de ses Premiers ministres.

Sa Gracieuse Majesté vient de ralentir le rythme de ses obligations officielles et si elle n’a plus déposé elle-même sa traditionnelle couronne de coquelicots au Cénotaphe lors du Remembrance Sunday, elle a observé du haut du balcon du ministère des Affaires étrangères, avec une mine de circonstance, son fils le faire à sa place.

Et pour une fois, la souveraine, qui affectionne tant les couleurs vives dans ses tenues, était tout de noir vêtue.

Je souhaite qu’elle puisse longtemps encore accomplir ses devoirs, ne fût-ce qu’au ralenti, en s’habillant avec élégance et désinvolture de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Et si le prince Philip a pris une retraite bien méritée, lui et son auguste épouse continuent de former ces deux piliers d’un règne exceptionnel et d’une nation qu’ils ont su souder autour d’eux.

Pierre Dillenburg