Les narcisses entre eux / DISSONANCES

Jean-Louis Schlesser / Le DSM, un bouquin de 1.200 pages dans sa traduction française, est bien connu des psys puisqu’il est le manuel de diagnostic et de statistiques des troubles mentaux standards (établi par l’American Psychiatric Society) accepté par les psys partout dans le monde.

Les troubles narcissiques de la personnalité figurent bien entendu en bonne place dans cette vaste nomenclature descriptive destinée aux pros. S’y intéresser, pour le profane, c’est transgressif, c’est un peu comme regarder par le trou de la serrure.

Le DSM nous dit qu’entre 0,50 et 1% de la population est atteinte d’un désordre narcissique grave. Ce pourcentage me laisse pantois. Même pas 1%! A regarder autour de moi, j’aurais parié que les amoureux fous de leur petite personne seraient largement plus nombreux. 30, 40, 50% au moins! Evidemment, à côté du narcissique carrément dingo et pathologique, il existe des formes de narcissisme plus bénignes. Le narcissisme devrait même participer à la construction de la personnalité, parfaire ce qu’on nomme l’individuation. Lisez, pardon, relisez, par exemple, Freud, Jung et Hesse à ce sujet.

Je suis convaincu que chez le personnel politique les cas pathologiques sont, mon Dieu!, largement au-delà du pourcentage donné par les «shrinks» américains. Notons au passage que presque 80% des cas graves sont des hommes.

Longtemps, je me suis posé la question de savoir si les personnes narcissiques étaient appelées fatalement à se rejeter mutuellement, peut-être même à se détester (puisqu’elles ne connaissent, par définition, qu’elles-mêmes) ou si, dans certaines circonstances particulières, elles pourraient, dans une sorte de phénomène d’osmose et d’interpénétration, devenir proches, des amis.

Avec la visite de Monsieur Macron auprès de Monsieur Trump la semaine passée, nous étions plutôt en mode interpénétration. C’était à se demander avec qui il était marié, Donald. Avec Melania ou avec Emmanuel? Il est à parier que Donald n’invitera plus Emmanuel de sitôt, étant donné qu’Emmanuel lui vola la vedette. Finalement, et dans un sens, c’est très rassurant, la rencontre des deux narcisses – Donald le cas pathologique, Emmanuel le cas plus bénin – n’a rien donné, politiquement parlant.

Les Anciens se rappelleront peut-être le film One Flew Over The Cuckoo’s Nest avec Jack Nicholson, le Cuckoo’s Nest en question étant un asile psychiatrique. Nous nous demanderons peut-être longtemps encore pourquoi ce vol au-dessus du nid de coucou à Washington eut lieu. Rentré à Paris, Macron se le demanda certainement lui-même. Brigitte s’était trouvé une nouvelle copine en la personne de la pauvre Melania et Emmanuel fut pendant deux jours le héros de tous les stand-up de la télé américaine.

On sait ce qui arriva au personnage joué par un Jack Nicholson rebelle à la fin du film où il avait essayé d’insuffler quelque humanité à une institution psychiatrique barbare. On le neutralisa en lui pratiquant une lobotomie. Heureusement que Macron s’en tira à meilleur compte.