Le premier Sommet mondial de l’humanitaire (SMH) s’est tenu à Istanbul en début de semaine à l’initiative du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.
Cette grande messe autour des questions humanitaires se voulait un rendez-vous politique de haut niveau censé redynamiser l’impasse dans laquelle se trouvent les grandes crises humanitaires du moment: conflits, réfugiés et déplacés, réponses inadéquates aux victimes des catastrophes naturelles et des grandes crises sanitaires, violations graves et répétées des principes humanitaires, absence ou mauvaise utilisation des financements.
Cinq mille délégués, parmi lesquels quelques trop rares chefs d’Etat, les agences onusiennes, de nombreuses ONG et le secteur privé ont discuté pendant deux jours, accumulant plus de cent réunions. Entre les réunions officielles du SMH proprement dites et celles un peu moins officielles appelées «side events» mises en place à l’initiative d’organisations, d’Etats, de groupes d’intérêt ou encore de sociétés privées, il y avait forcément à boire et à manger. Finalement, l’éléphant a accouché d’une souris… d’une toute petite souris.
Pourtant, le monde a bien besoin d’une nouvelle architecture de l’aide humanitaire. Les Nations unies n’arrivent plus à gérer correctement aucune des crises qui secouent la planète. Il n’y a besoin d’en citer que quelques-unes pour se rendre compte de l’inefficacité du système: Syrie, Somalie, Erythrée, Soudan du Sud, Yémen, Afghanistan, Burundi, Haïti, etc.
La protection des populations civiles n’est pour ainsi dire plus prise en compte dans aucun des conflits actuels. Les bombardements des marchés, des écoles ou encore des quartiers non militarisés se font dans la plus grande indifférence de la Communauté internationale et, plus grave encore, en toute impunité; il ne faudrait pas croire que le conflit syrien est un cas exceptionnel, il est tout au plus l’arbre qui cache la forêt.
Le droit international, quand il n’est pas commercial, n’intéresse plus grand monde.
Quand le gouvernement kényan annonce son intention, en violation des lois internationales du droit d’asile, de fermer Dadaab, le plus grand camp de réfugiés au monde qui accueille plus de 325.000 réfugiés, il n’y a personne pour rappeler le gouvernement de M. Kenyatta à ses responsabilités.
Pendant que l’Union européenne essaie de se dépêtrer de l’accord qu’elle a signé avec la Turquie pour repousser les réfugiés en dehors de ses frontières, on n’entend pas beaucoup de voix s’élever pour condamner cette gabegie. Même silence, ou presque, quand des hôpitaux sont bombardés.
Si l’on veut obtenir des résultats sur la scène diplomatique internationale, il faut préparer les consensus en amont. L’échec de la Conférence de Copenhague sur le climat de 2009 et le succès de celle de Paris en 2015 démontrent clairement cette dynamique. Personne ne pouvait donc croire qu’un consensus pouvait subitement éclore de ce «Jamboree» mal préparé.
De plus, le SMH n’a eu de cesse de noyer les problèmes et les spécificités de l’action humanitaire dans d’autres sujets connexes comme l’aide au développement, sans traiter les faiblesses de la réponse du système humanitaire face aux crises actuelles.
Oui, tout est lié, mais, comme on ne parviendra jamais à réorganiser les services d’incendie en discutant du rôle des assurances dans la reconstruction des maisons incendiées, on ne pouvait pas dégager de solutions pertinentes pour améliorer l’efficacité de l’action humanitaire avec les sujets traités au SMH.
Le premier Sommet mondial humanitaire n’a donc été qu’une feuille de vigne remplie de bonnes intentions, dont les Etats ont pu se couvrir pour continuer à ignorer les violations systématiques du droit international humanitaire.
Paul Delaunois




