En Angola et République démocratique du Congo, l’épidémie dure depuis plus de dix mois!
La fièvre jaune fait partie de ces fantasmes sanitaires africains. Une maladie peu connue, réputée intraitable, que l’on attrape on ne sait trop comment et que l’on doit éviter à tout prix.
Dans les siècles passés, la fièvre jaune a été amenée en Amérique du Nord et en Europe et y a provoqué de grandes épidémies qui ont perturbé les économies, le développement et, dans certains cas, décimé les populations.
La fièvre jaune, nous dit le site de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) est une maladie hémorragique virale aiguë transmise par des moustiques infectés. Entre 5 et 30% des patients contractant la maladie développent des symptômes sévères et environ la moitié d’entre eux décèdent dans les sept à dix jours.
Une modélisation basée sur des sources de données africaines a permis d’estimer qu’entre 84.000 et 170.000 cas graves continuent de sévir annuellement en Afrique, ce qui provoque entre 29.000 et 60.000 décès.
Les flambées de fièvre jaune surviennent lorsque des sujets infectés introduisent le virus dans des zones très peuplées, avec une forte densité de moustiques et où la plupart des gens n’ont pas été vaccinés et ne sont donc pas immunisés. Dans ces conditions, les moustiques infectés transmettent le virus d’une personne à l’autre et l’épidémie se propage.
Pourtant, la prévention de la fièvre jaune est possible grâce à un vaccin extrêmement efficace, sûr et peu coûteux.
La preuve de l’efficacité de ce vaccin est notamment démontrée par «l’initiative fièvre jaune» qui a été lancée en 2006 en Afrique de l’Ouest au cours de laquelle plus de 105 millions de personnes ont été vaccinées dans le cadre de campagnes de masse. Depuis 2015, plus aucune flambée de cette maladie n’a été constatée dans la région.
Depuis décembre 2015, une flambée urbaine de fièvre jaune est en cours en Angola. Elle a infecté 884 personnes au moins et provoqué la mort de 171 d’entre elles. Ce qui est plus inquiétant, c’est que malgré tous les efforts fournis par les ONG, le ministère de la Santé et l’OMS, cette épidémie n’a toujours pas pu être jugulée dix mois plus tard. Cela entraîne certaines préoccupations quant aux risques d’extension dans la région. Le virus a d’ailleurs franchit la frontière congolaise depuis le mois de janvier et sévit, heureusement dans une bien moindre mesure, en République démocratique du Congo (RDC) avec cependant un risque majeur d’une flambée de la maladie dans la capitale congolaise, Kinshasa, une ville de dix millions d’habitants dont la couverture vaccinale est particulièrement faible.
Autre souci majeur, l’approvisionnement mondial en vaccins contre la fièvre jaune a été largement sous-estimé. Il était prévu un stock d’urgence de 6 millions de doses qui ont très rapidement été absorbées par la campagne de vaccination de masse réactive à la flambée qui s’est produite en Angola. Bien que la production du vaccin ait été multipliée par cinq ces dernières années, l’offre se situe bien en deçà de la demande et il est impossible d’augmenter encore la production vaccinale à brève échéance. En RDC, l’OMS a donc autorisé le recours à des doses réduites de vaccin. Les populations sont aujourd’hui vaccinées avec des demi-doses, voire des quarts de dose, ce qui ne les immunise pas à vie, mais pour une période d’au moins douze mois.
C’est profondément regrettable, car l’effort massif qui est réalisé pour l’instant et qui permet de vacciner des dizaines de millions de personnes ne permettra pas d’immuniser à long terme ces populations. Ainsi, dans quelques années, tout sera à recommencer.
Ce nouvel exemple nous démontre une fois de plus la fragilité de la communauté internationale face aux grandes épidémies. Les leçons de l’épisode Ebola sont loin d’avoir été prises en compte et intégrées dans les procédures de réaction, de prévention et de collaboration.
Paul Delaunois




