Multilingue, forcément / Un sondage au service du politique

Olivier Tasch / Les sondages valent ce qu’ils valent… Et celui dévoilé récemment sur le rôle de la langue luxembourgeoise fait clairement partie de ceux qu’il faut prendre avec des pincettes. En tout premier lieu parce qu’il a pour but de justifier et d’appuyer une politique gouvernementale. Pour preuve, lors de la présentation officielle du sondage par deux ministres (Education et Culture), le directeur de l’institut d’opinion souligne la «grande approbation des actions et initiatives du gouvernement». Nous voilà ravis.

On notera aussi que 77% des sondés affirment parler le luxembourgeois. Un résultat qui semble plus que logique puisque 60% de l’échantillon (1.053 personnes) interrogé est luxembourgeois…

Pour rappel, on notera que la structure de la population est plutôt de 48% d’étrangers et de 52% de Luxembourgeois. Dans la capitale, la proportion d’étrangers dépasse même les 70%. Tout cela sans compter, bien entendu, les (bientôt) 200.000 frontaliers qui viennent faire tourner l’économie du pays quotidiennement. Un échantillon plus proche de celui de la réelle composition de la population aurait sans doute donné un résultat plus nuancé et plus proche de la réalité.

N’en demeure pas moins que la vigueur de la langue luxembourgeoise est réelle, sans doute est-elle plus pratiquée que jamais. Et pour couper l’herbe sous le pied aux graines de fachos, si le sondage en question est sans doute dopé aux hormones politico-électoralistes, on rappellera une énième fois que la langue luxembourgeoise n’est pas «en danger». Selon la classification de l’Unesco, le luxembourgeois est une langue «vulnérable», c’est-à-dire que «la plupart des enfants parlent la langue» mais qu’elle est «restreinte à certains domaines». Selon le fameux sondage, toujours à nuancer, on notera que parmi les plus jeunes (16-24 ans) des sondés, 92% parlent le luxembourgeois quotidiennement comme première langue. Il y a lieu ici d’insister sur le terme «première» car, et c’est là la réelle force du Grand-Duché, 73% des sondés affirment parler quatre langues et plus! Mais pourrait-il en être autrement dans un si petit pays qui se disqualifierait en optant pour une voie monolingue?

On peut raisonnablement affirmer que la promotion du multilinguisme est au moins aussi importante que celle de la langue luxembourgeoise. Mais, dans la perspective des élections, ce n’est pas forcément le meilleur calcul…