Les mots voyageurs /Sbire

Jean Portante / Je dois dire que le mot «sbire» m’est venu, en voyant, à Paris, les policiers casqués, matraque à la main, quand ce n’était pas un lanceur de flashball. La curiosité m’a poussé à en chercher l’origine. Qui a, étrangement, une parenté avec un moine. Mais n’anticipons pas.

L’Italien a donné «sbire» au français, atterri d’abord chez Rabelais. On est en 1552. Outre-Alpes, on disait «sbirro». Ça désignait un policier. Avant on disait «birro», plus près du bas latin «birrus» qui en est l’origine. Ou «burrus». Et qui signifie «roux». D’où est également sorti l’adjectif «bourru». Un «bourru» le sbire? Patience.

Les Romains sont allés chercher «burrus» chez les Grecs, où il y avait l’adjectif «púrrus» désignant la rougeur du feu. On y reconnaît «púr», qui renvoie au feu, et qu’on retrouve en français dans l’élément «pyro». Un pyromane, le sbire? Plutôt un roux. Pas lui, mais l’uniforme que portaient les «sbirri» en Italie. Car le féminin de «burrus», «burra», est également une sorte d’étoffe rougeâtre en latin, à l’origine du français «bure». Qui est l’habit du moine. Qu’est-ce que je vous disais…