Les mots voyageurs /Roman

Jean Portante / Je ne me suis jamais demandé d’où sortait le mot «roman», jusqu’à ce qu’on me le demande. Au hasard, j’ai répondu que Rome n’était pas loin. Et je n’avais pas tort. Car, oui, le mot «roman» descend du latin médiéval «romanice» qui, lui, est dérivé du latin «romanus», c’est-à-dire: romain.

Quand le mot se francise, en 1125 environ, on le trouve tout d’abord sous la forme de «ronmanz». Il désigne la langue vulgaire: le français naissant. Par opposition à la langue noble qu’est, pour un certain temps encore, le latin.

Du coup, toute œuvre écrite en langue vulgaire, c’est-à-dire en «roman» et non en latin, qu’elle soit en vers ou en prose, a pris le nom de roman. Paraît notamment, à partir de 1230, Li Romans de la Rose, écrit en vers et marquant la consolidation du début de la littérature française. Mais, petit à petit, le roman finit par ne plus désigner – au plus tard avec Rabelais – que les textes de fiction écrits en prose.

Et voilà que «roman» devient synonyme, à partir de 1652, de «tissu d’allégations mensongères». De la fiction, quoi.