Les mots voyageurs / Promenade

Jean Portante / Elle n’a pas toujours été de tout repos, la promenade. Et ce n’est pas le préfixe «pro» qui est en cause. Qui, avant, était un «pour». Pour «promener» on disait, en effet, «pourmener» en ancien français. C’est le noyau «mener» qui est en cause. On peut même y déceler, si l’on regarde bien, une menace.

C’est le latin qui le dit. A l’origine de «mener», il y a «minari». Qui signifiait à Rome… «menacer». Voilà que mener et menacer se nourrissent d’une même racine.

D’où vient alors la menace dans la promenade? Peut-être tout simplement, pensent certains linguistes, du fait que, quand on menait des bêtes au pâturage ou ailleurs, on proférait des menaces. C’est d’ailleurs une habitude qui ne s’est pas tout à fait perdue. On voit encore souvent des propriétaires de chiens s’y adonner.

Il y a même, dans ce «minari», une nuance d’autorité de l’homme sur la bête. «Minari» provient de «minor», «moindre» en français, ou «mineur». «Minari» (ou «mener» en français), est donc, étymologiquement parlant, synonyme de «amoindrir». N’est-ce pas cela que font de tout temps les meneurs?