Les mots voyageurs / Pédant

Jean Portante/ Un pédant est souvent un casse-pieds. Ça tombe bien, puisque les pieds ne sont pas loin, étymologiquement parlant. Ce qui fait que le sens du mot n’a pas toujours été péjoratif.

L’adjectif et nom «pédant» a été importé de l’italien au XVIe, où l’on disait «pedante». Pour désigner tout simplement un… pédagogue. Un enseignant, quoi. Le sens en est né par proximité avec le sens premier de «pedante», c’est-à-dire le piéton. Quel lien entre le pied et l’enseignant?

N’oublions pas qu’à l’origine, en Grèce donc, le «paidagôgos», le pédagogue donc, était un esclave qui conduisait («agogos») les enfants («pais, paidos»). Un accompagnateur. Un guide.

Les Romains, quant à eux, ont forgé, dans leur langage populaire, le latin vulgaire donc, à partir du grec «paideuô», signifiant à la fois châtier et éduquer, le verbe «pedare» que l’Italien a repris pour arriver à «pedante». Comment alors, le sens de «pédant» est-il devenu négatif? Il paraît que les pédagogues rivalisaient entre eux en se gavant d’érudition pour décrocher un poste d’éducateur, les élèves étant rares. Et qu’ils ont fini par faire un étalage insupportable de leur savoir.