Les mots voyageurs / Louer

Jean Portante / Le français a l’habitude d’utiliser un mot pour dire deux réalités différentes. C’est le cas du verbe «louer».

Les deux sens de «louer» ne sont pas liés, leur voyage se fait à partir de deux sources. Il y a d’un côté «louer», dans le sens de «couvrir de louanges», de «faire l’éloge». Il suffit de savoir que, quand le mot est entré dans l’ancien français, en 980, il s’écrivait «lauder», pour que remonte à la surface l’origine latine «laudare». Le «d» ayant très vite été avalé, on est passé à «loer», puis à notre «louer».

De l’autre côté, il y a «louer» dans le sens d’offrir ou de prendre en location quelque chose. Et c’est justement le nom «location» qui nous met sur la piste de l’origine du mot. A Rome, le verbe «locare», signifiait «placer en un lieu». Le mot «lieu» provient d’ailleurs du latin «locus». On peut dès lors «se louer», c’est-à-dire «placer ses services» Si c’est des choses qu’on loue, «locare res» en latin, on paye ou perçoit un «loyer», mot dérivé lui aussi, après mainte transformation, de «locare». Peut-on alors louer un local? Oui, au risque d’être redondant, car cela reviendrait, étymologiquement parlant, à placer un lieu en un lieu…