Jean Portante / Ah, le jaune! C’est une couleur en vogue, ces jours-ci, elle fait trembler les pouvoirs. Mais peut-être que les gilets du même nom en changeraient, s’ils savaient d’où venait l’adjectif. Ou bien, ils tendraient la main aux écologistes qui ne jurent que sur la verte taxe carbone. Alors, remontons le cours de l’histoire.
«Jaune» entre sous la forme de «jalne» dans la langue française, à la fin du XIe siècle. On sait que bien des «l» sont devenus des «u», à un certain moment, quand le latin en était l’origine. Regardez «chevals» devenu «chevaux». Et c’est ce «l» qui nous fait remonter à la source de «jaune». «Galbinus» disait-on à Rome. Dérivé de «galbus». Voilà la source directe. Or, «galbus» signifiait… «vert pâle», pas «jaune».
Pour «jaune», on disait «flavus» en latin. L’adjectif français «flavescent» en témoigne. Le Larousse dit que c’est une couleur qui «tire sur le jaune» Les Romains avaient aussi «fulvus», pour désigner un jaune foncé. Mais «galbus» tire, lui, sur le vert. Un «jaune-vert», précisent certains étymologistes. Comme s’ils voulaient préfigurer une alliance objective entre les gilets jaunes et les écologistes verts?



