Les mots voyageurs / Intime

Jean Portante / Depuis des dizaines d’années, je tiens un journal intime, et jamais je ne me suis vraiment demandé d’où provient l’intimité. Je veux dire étymologiquement parlant. Et c’est tout banalement le latin qui, comme si souvent, répond à ma question.

Les Romains avaient l’adjectif «intimus» qui est le superlatif de «intus», ce dernier signifiant «au-dedans», «à l’intérieur». L’intime est donc «ce qui est le plus dedans». La vie secrète d’un individu, en quelque sorte. Or, ce sens-là n’apparaît que tardivement dans la langue française, au XVIe siècle. Auparavant étaient intimes deux personnes étroitement liées l’une à l’autre.

Quant au «journal intime», il apparaît pour la première fois en 1818. Sont ensuite venues les «relations intimes», Hugo parlant en 1821 d’«union intime» pour caractériser le contact charnel…

L’intérieur, on le sait, a son antonyme: l’extérieur. L’adjectif «intime» n’a trouvé le sien que très tard, alors que les Romains avaient le superlatif «extimus». Mais en 2002, Michel Tournier publie son «journal extime».

Aujourd’hui tout le monde étale sa vie, sur les réseaux sociaux. Personne ou presque n’intime plus à l’intime de rester blotti dans le «plus dedans» de nous-mêmes.