Les mots voyageurs /Foie

Jean Portante / Il était une fois une oie romaine qui mangeait des figues nuit et jour, au grand bonheur des patriciens qui raffolaient de foie d’oie gras.

Rassurez-vous, je ne vais pas vous raconter un conte de fées de la Rome antique. Il se fait que, étymologiquement parlant, les figues, l’oie et le foie, sont des mots très proches.

Les Romains, on le sait, avaient deux mots pour désigner le foie: «jecur» et «ficatum». Allez savoir pourquoi, le premier ne s’est faufilé dans aucune langue romane, alors que le second a donné naissance au «fegato» italien, au «higado» espagnol, au «fígado» portugais et, après moult altérations, au «foie» français.

Or il se fait que «ficatum» provient de «ficus», et devinez ce que signifie ce dernier? Oui, c’est bien une figue.

Drôle de filiation pour arriver jusqu’au «foie»? Pas tellement. Car le latin «ficatum» signifiait tout d’abord «foie d’une oie engraissée par des figues». Une sorte de métonymie donc, l’agent perturbateur, la figue, devenant la chose, le foie.

Oubliée toutefois la figue quand de foie il retourne, la foi en l’engrais.