Les mots voyageurs / Emancipation

Jean Portante / J’aime l’émancipation, car elle est le contraire de la mainmise. C’est l’étymologie qui me le dit. L’histoire dit d’abord que, quand le mot entre, en 1320, dans la langue française, pris au latin bien entendu, il parle de «libération de l’autorité paternelle», mais creusons dans le temps.

Le verbe qui en est la base, c’est «emancipare», et nous savons que le préfixe «e», «ex» donc, dessine un mouvement de sortie, pour laquelle nous disons «exit», formé par «ex» et «ire», aller dehors quoi, mais revenons à l’émancipation. Et à ce qui reste après le départ du «e», à savoir «mancipare», signifiant, entre autres, «vendre». L’émancipation serait donc la sortie de la vente, mais on peut creuser encore. Et on arrive, en coupant en deux le mot, à «manus» et à «capere», la «main» pour le premier, «prendre» pour le deuxième. Et si l’on remonte dans le temps, on apprend que «prendre» a un synonyme plus cruel, «capturer», plus près de la source. Nous voilà dans la «main capturée», celle des esclaves par les esclavagistes à Rome. Main dont on s’affranchit en s’émancipant.