Les mots voyageurs / Dignité

Jean Portante / A la question s’il est indigne de s’indigner, je réponds à la page 10. Ici, je voudrais poser cette autre question: la dignité est-elle décente? Ou n’est-ce que du décor? Les deux à la fois, suis-je tenté de répondre. Vous ne me croyez pas? Suivez-moi donc dans le voyage.

Dans «dignité», si nous enlevons le suffixe, il reste le noyau «digne». Le français l’a emprunté très tôt au latin, vers 1050. À Rome, on disait «dignus». Qui correspondait à notre «qui convient à» ou «qui mérite (l’estime) de». Ce cheminement là est direct, et sans mystère.

Or, si l’on remonte à la source indoeuropéenne de «dignus», on tombe sur «dek-no» qui contient l’idée de la convenance. Cela a engendré en latin un autre mot, tout proche de «dignus», à savoir, le verbe impersonnel «decet», «il sied», «il convient». Et c’est justement ce «decet» qui est à l’origine de l’adjectif «décent» qui, du coup, devient le synonyme étymologique de «digne».

Et le décor, dans tout ça? Eh bien «decet» est dérivé de l’adjectif «decus», dont le génitif est… «decoris». Le voilà le décor.

Je vous en parlerai la prochaine fois.