Les mots voyageurs/ Cauchemar

Jean Portante / Un spectre hante de nouveau l’Allemagne, et voilà qu’il se faufile dans le «cauchemar», car, oui, le «mar» qui suit le «cauche» est un ancien mot néerlandais signifiant «fantôme». Pour tout dire, la «mare» est un fantôme femelle du folklore scandinave.

Voilà pourquoi on le retrouve également dans le «nightmare» anglais. Mais si, outre-Manche, il est facile de décrypter le mot, le cauchemar étant un fantôme de la nuit, la langue française est plus opaque. D’où sort le «cauche»?

Expliquer qu’au XVe siècle, on disait «cauquemaire» n’est pas d’une grande aide. Sauf si l’on ajoute que «cauquer» est la version picarde du verbe «chauchier» ayant abouti à «cauche». Ce dernier ne survivant que dans le mot «cauchemar».

Pour le comprendre, il faut faire remonter «cauquer» au latin, où l’on trouve le verbe «calcare» (qui a donné aussi «calquer»), signifiant «presser» ou «fouler». Le cauchemar devient de ce fait un fantôme qui nous oppresse.

Les Allemands disent «Albtraum», l’«Alb» étant un elfe – la mythologie toujours – revenu hanter pas le rêve mais la réalité de l’Allemagne sous les traits d’une AfD.

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