Les mots voyageurs / Camomille

Jean Portante / Si je vous dis que la camomille est une pomme de terre, sûr que vous visserez votre index sur votre tempe, pour dire: «Il a trop bu ou quoi, celui-là à la Saint-Sylvestre?» Et si j’ajoute que c’est aussi un caméléon, téléphonerez-vous à l’asile psychiatrique?

Vous auriez tort. La camomille est bien une pomme de terre. Et, en partie du moins, un caméléon. Etymologiquement parlant, bien sûr. Le mot a, en effet, été emprunté, au XIVe siècle, à un moment où la botanique devenait une science, au latin médiéval «camomilla». Une adaptation du latin impérial «chamaemelon», issu, lui, tout droit du grec «khamaimêlon». Or, dans celui-ci, «khamai» signifie «à terre», «à même le sol», et «mêlon», eh bien c’est la pomme. Les Italiens disent «mela». En français on a le melon. Une grande pomme quoi. La camomille est bien une pomme de terre.

Et le caméléon alors? J’avoue que j’ai un peu exagéré. A moitié. Car on retrouve bien dans «caméléon» le «khamai» de notre camomille. La terre est donc là. Mais pas la pomme. Est-ce le «léon», notre «lion», qui l’a mangée?

Bonne année.