Les mots voyageurs / Bistro(t)

Jean Portante / La fake news a la peau dure en étymologie, autant qu’en politique. Le mot «bistro», avec ou sans «t», en est un exemple coriace. On a fait, en effet, courir le bruit qu’on le devait aux Cosaques, renommés pour leur bonne descente dans les cabarets, qui, occupant Paris, en 1814, auraient crié à tort et à travers «bystro», c’est-à-dire «vite», pour être servis rapidement.

Or, «bistro» n’est apparu qu’en 1884, ce qui signifie que les Parisiens auraient attendu soixante-dix ans avant de faire honneur aux Cosaques. Exit donc, cette explication. En trouver une autre n’est pas aisé. On a pensé au «bistraud», originaire du Poitou, désignant le cabaretier, on a songé au «bistingo» ou à «bistringue» (cabaret), on s’est fixé sur «bistrouille», variante de «bistouille», nom d’une boisson chaude, mélange de café et d’eau de vie. On aurait, si l’on coupe en deux cette dernière, «bis» pour dire «deux fois», comme dans «biscuit», et le verbe touiller. Le «bistro» serait alors le lieu où l’on «bistrouille». Mmoui. Pas étonnant que l’anecdote, plus attrayante, du cosaque perdure.