Les mots voyageurs / Biffer

Jean Portante / J’entends dans le verbe «biffer» le bruit que fait la plume en biffant. Mais non. Ce n’est pas une onomatopée. Le mot se paie même le luxe d’avoir plusieurs origines possibles.

Dans la première, on remonterait au latin «findere», précédé du préfixe «bi» signifiant «fendre en deux». C’est ce qu’on fait avec un mot qu’on biffe d’un trait. L’adjectif en est «bifidus», mot qui a été francisé par Rousseau en 1772, pour devenir «bifide». On l’emploie notamment en botanique pour parler d’une feuille fendue dans le sens de la longueur. Mouais. Mais, pas très convainquant.

Ce qui conduit d’autres linguistes à privilégier la piste de l’ancien français «biffe» qui renvoie à un tissu souvent rayé. Il y aurait, derrière cette biffe, le latin «bifilis», dérivé de «bifilum», avec toujours le préfixe «bi», suivi, cette fois, du noyau «filum», le fil donc.

Une «biffe» serait alors quelque chose à double fil. Oui, mais il y a aussi «un biffe». Qui, lui, fait allusion aux tribunaux où, jadis, on barrait de deux traits les textes annulés. Du genre, pour bien biffer, mieux vaut deux barres qu’une.