Les mots voyageurs / Bavard

Jean Portante / Un bavard ça babelle, ça babille, ça babine, ça bagoule, ça bavoche, ça bavote. Et ça bave. A ceci près que baver s’est fait longtemps sans bave, sans salive, puisque, à l’origine, latine bien entendu, il y a l’onomatopée «baba» parlant du babil des bébés. Et tenez, le mot bébé vient de là aussi.

Cela dit, la bave, c’est donc, avant d’être la salive, et ceci jusqu’au XVIe siècle, le bavardage, et même la loquacité, Babel n’étant pas loin, puisqu’il y a, dit la Bible, confusion de langage. Etymologiquement ça n’a rien à voir, Babel venant de Babylone, où le radical «bab» signifie porte et le reste «Dieu», mais quand même, le babil n’est pas loin.

On bavait donc beaucoup avant de faire couler de la bave, cette dernière relevant d’abord, et ceci à partir de 1690, de certains mollusques sécrétant des liquides gluants. L’omelette baveuse pouvait donc naître, en 1835, mais l’argot qui sait bien se nourrir du passé a retrouvé, vers la fin du XIXe siècle, le baveux qui parle trop. Qui bavoche quoi, dirait
Céline un peu plus tard.