Les mots voyageurs /Aveugle

Jean Portante / Même si l’on voit très bien, difficile de déceler dans le mot «aveugle» la source qui l’a fait naître. C’est que les Romains disaient «coecus», et la plupart des langues latines sont parties de là, l’italien «cieco», ou l’espagnol «ciego», par exemple. Il faut dire qu’en vieux français existait le mot «cieu», vite éliminé de la langue, pas tout à fait cependant, puisque la «cécité» a franchi tous les obstacles et est parvenue jusqu’à nous.

D’où sort alors «aveugle» qui a pris la place de «cieu»? Avec la première orthographe du mot, «avogle», on y voit plus clair. Le préfixe «av» correspond au latin «ab», marquant l’absence – comme dans le mot… «absence», composé par «ab» et «esse» (être) –, alors que le noyau de l’adjectif, «ogle» serait une contraction de «oculus», à savoir l’œil. L’aveugle serait alors un «sans yeux». C’est l’hypothèse la plus répandue.

Il y en a d’autres, notamment celle qui fait descendre «aveugle» de «alboculus», «albus», on le sait, signifiant «blanc» – le français l’utilise dans toute une série de mots: albumine, album, aube… Œil blanc, donc. Tout ça est d’une clarté aveuglante, non?