Moscou annonce de nouvelles poursuites contre le Français en fuite

La Russie a évité vendredi de réagir aux affirmations de l’ex-directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk (Sibérie), Yoann Barbereau, selon lesquelles il s’était réfugié pendant un an à l’ambassade de France, mais a annonçé de nouvelles poursuites pour avoir quitté illégalement le pays.

Yoann Barbereau, condamné en Russie à 15 ans de camp pour des actes à caractère sexuel sur sa fille, accusations qu’il nie, avait disparu en septembre 2016 et est réapparu mercredi en France, affirmant être rentré « par ses propres moyens ».

Les autorités russes vont prendre toutes les mesures nécessaires pour engager des poursuites à l’encontre de M. Barbereau », a réagi vendredi la diplomatie russe dans un communiqué. Mais ce communiqué n’évoque pas les affirmations de l’ancien directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk, selon lesquelles il s’était réfugié pendant un an à l’ambassade de France à Moscou.

Vendredi, il a demandé lors d’une conférence de presse à être blanchi et a souhaité être indemnisé par le quai d’Orsay qu’il accuse de n’avoir « pas su protéger un agent du ministère des Affaires étrangères ». Le ministère français des Affaires étrangères a réfuté toute inertie, soulignant avoir « régulièrement évoqué sa situation avec les autorités russes » et informé son entourage des actions entreprises.

D’Irkoutsk à Nantes, le périple mystérieux de Yoann Barbereau pour fuir la justice russe

 

Parti d’Irkoutsk en Sibérie le 11 septembre 2016, Yoann Barbereau, ancien directeur d’Alliance française en fuite après avoir été condamné par la justice russe, a rejoint jeudi soir sa ville de Nantes, après un périple rocambolesque de 8.000 km et 14 mois de clandestinité.

Arrivé mercredi à Roissy, M. Barbereau, 39 ans, a été accueilli jeudi à Nantes par ses proches, un peu avant 22H00. « J’ai risqué ma vie ces derniers jours (…) pour ma liberté, pour mon honneur », a-t-il déclaré dans une interview diffusée au même moment par le magazine Envoyé Spécial sur France 2. « Depuis trois ans je vivais dans un tout autre monde, dans une toutE autre réalité. Voilà, c’est le retour dans le réel. » Arrêté par la police russe le 11 février 2015 à Irkoutsk, où il dirigeait l’Alliance française, il avait été emprisonné pendant 71 jours avant d’être interné en hôpital psychiatrique puis assigné à résidence avec bracelet électronique et interdiction de communiquer avec l’extérieur. La justice russe lui reproche des actes à caractère sexuel sur sa propre fille Héloïse (alors âgée de 5 ans), une accusation qu’il a toujours démentie.

« Yoann a été victime d’un complot qui a été commandité », affirme sa femme Daria Nikolenko, dans Envoyé Spécial, qui lui a consacré un documentaire. Avant même sa condamnation à 15 ans de camp à régime sévère, il avait pris la décision de prendre la fuite, estimant que son procès est pipé.

Le dimanche 11 septembre 2016, il enveloppe son bracelet électronique de papier aluminium, place son téléphone portable dans un car. Puis disparaît, sans laisser de traces. Quelques jours plus tard, le fugitif poste un message sur Facebook, daté d’Oulan-Bator en Mongolie, dans lequel il cite le cardinal de Retz, qui en 1654 s’était échappé du château de Nantes.

Mais la Mongolie n’était qu’un leurre. Yoann Barbereau était caché « depuis un peu plus d’un an » à l’ambassade de France à Moscou, a-t-il déclaré jeudi soir sur France 2, confirmant des informations de presse. « J’ai pris la décision ces derniers jours de partir de l’ambassade et par mes propres moyens de franchir la frontière de manière illégale », a-t-il expliqué.

« Passer une frontière ne se fait pas comme ça. C’est vrai que ces derniers mois j’ai étudié des cartes satellites, je me suis préparé, j’étais équipé, j’ai eu des complicités. » Aidé par « des citoyens russes engagés », il a rejoint un pays balte et traversé la frontière « à pied », selon Tristan Waleckx, le réalisateur du documentaire de France 2. Visé par une notice rouge d’Interpol, il a alors été arrêté par la police locale qui l’a placé en garde à vue et pourtant l’a laissé rejoindre la France. « Soulagé » d’être rentré en France, le fugitif a néanmoins vivement critiqué le traitement de son affaire par les autorités françaises. « C’est une faillite diplomatique assez visible », a-t-il lancé, parlant d' »incompétence majeure » et « d’impuissance » du Quai d’Orsay. « On voit qu’il y a quand même une domination extrême de la Russie dans la relation bilatérale. C’était inimaginable il y a cinq ans qu’un agent du ministère des affaires étrangères soit attaqué de cette manière avec cette outrecuidance », a-t-il encore critiqué.

Dans l’après-midi, le ministère des affaires étrangères avait réfuté toute inertie, soulignant avoir « régulièrement évoqué sa situation avec les autorités russes » et informé son entourage des actions entreprises. « Nous observons toujours la plus grande discrétion pour protéger au mieux les droits de nos compatriotes en difficulté à l’étranger », a ajouté le ministère.

M. Barbereau, aujourd’hui bloqué en France, a demandé à ce que toutes les charges contre lui « soient effacées ». « Je demande à être jugé en France », a-t-il dit. « Je suis pour qu’un magistrat français mette le nez dedans ». Yoann Barbereau donnera les détails de ses 14 mois de cavale, vendredi à 11H30, lors d’un point presse à Nantes.