Montpellier: le carnaval alternatif des anarchistes

Marquant la fin de la semaine des sept jours gras, le mardi gras représente selon la tradition chrétienne le défoulement collectif avant la période de jeûne et d’abstinence. Or, à Montpellier, cette date est marquée depuis des années par le «carnaval des gueux», un carnaval alternatif des anarchistes. Plus de 400 personnes ont participé hier soir à cet événement. Procédant à de nombreuses reprises à l’utilisation de gaz lacrymogène et de flashballs, 5 interpellations ont été effectuées par les forces de l’ordre et 6 policiers ont été blessés.
Comme chaque année, le centre historique de Montpellier a accueilli ce fameux événement qui est organisée depuis 1995 et qui a été même interdit en 1990 par l’ancien maire Georges Frêche. Le préfet de l’Hérault Pierre Pouëssel précise ainsi que : « Sous des abords festifs, il s’agit d’une manifestation non autorisée animée par un noyau dur de 150 à 200 personnes qui veulent en découdre avec les forces de l’ordre » (en rapporte le Métropoltain). Marquée auparavant par de nombreuses arrestations, dégradations et de troubles à l’ordre public, la préfecture de l’Hérault a mis en place cette année un énorme dispositif de sécurité.
Pour comprendre les motivations de ces « gueux », je me suis donc plongé durant un partie de la soirée au sein de leurs rangs. Entre vitrines cassées, poubelles brûlées et des combats intensifs entre les anarchistes et les forces de l’ordre, je me suis rapidement aperçu que je venais de vivre une scène de guérilla urbaine. Placé sous le signe d’une « grande fête politique », ce carnaval alternatif dénonce fermement le pouvoir politique actuellement en place.

Rejoignant le cortège vers 22h00 une foule de gens costumés m’accueille, l’ambiance est festive, les participants s’éclatent en dansant et chantant dans les rues du centre historique de Montpellier. Néanmoins l’atmosphère tourne directement à l’approche des CRS en tenue de combat. Se revêtant de cagoules et préparant des projectiles, les carnavalistes démontrent tout d’un coup leur intention de vouloir affronter les forces de l’ordre. «Aujourd’hui tout est permis ! », crie un jeune homme cagoulé avant de casser les vitres des voitures stationnées aux abords de la rue. Le climat devient soudainement surréaliste, la foule prépare des barrages, certains mettent en feu des containers, d’autres sont entrain de taguer sur les murs et les plus courageux commencent à caillasser les policiers se rapprochant du cortège. D’un coup des bombes lacrymogènes éclatent, l’air devient irrespirable et la vision est troublée. La situation dérape, les « gueux » commencent à courir dans tous les sens quand soudainement des policiers en civils, munis de matraques, apparaissent. Des coups sont distribués afin de disperser le groupe de manifestants, aucune distinction n’est faite entre membre de la presse, anarchiste ou simple personne extérieure. Touché au bras, l’adrénaline monte et je m’enfuis dans une petite ruelle avec un groupe de déguisés. « Je pense qu’ils ont eu mon amie», s’adresse une jeune femme à moi. « La République est malade », ajoute-t-elle, en me faisant part de son mécontentement envers la situation politique actuelle.
« Un nouveau rassemblement se prépare devant l’église Saint-Roch », me fait signe un manifestant déguisé en clown et portant un masque à gaz. Arrivé sur place, l’anarchie est totale, l’alcool coule à flots, des tagueurs grimpent sur les façades de différents bâtiments, des vitrines sont éclatées par des casseurs alors que d’autres manifestants sont entrain de soigner leurs blessures de combat. Une nouvelle fois, des bombes lacrymogènes explosent et la panique recommence à se propager. Les yeux brûlants et ayant mal au bras, je décide cette fois-ci de regagner au plus vite mon domicile. Durant ce trajet, je suis confronté à la triste réalité: l’Ecusson est dévasté.

Reportage: Alexeji Nickels