Monsieur Eurodéveloppement

490_0008_14116630_LIBERIA_HEALTH_EBOLA_UN_afp_com_201412Michel Petit / Charles Goerens lance l’idée de la sécurité sociale pour tous, en Afrique.  Le député luxembourgeois est le rapporteur l’année européenne de la coopération au développement en 2015. Il ne cache pas ses ambitions.

Avant même que ne sonnent les trois coups de l’année européenne de la coopération au développement, le rapporteur, Charles Goerens, lance son triple leitmotiv: «notre monde, notre futur, notre dignité».
L’opération commencera par la sensibilisation, certes à Strasbourg, mais aussi parmi les parlements des Vingt-Huit. Car, pense le député libéral, il est grand temps de jeter un sort aux idées reçues selon lesquelles, notamment, l’argent manque pour s’occuper des autres. Plus les pays accordent de crédit à la coopération (seuls le Luxembourg, la Suède, les Pays-Bas et le Danemark dégagent un budget de plus de 0,7% de leur PIB), moins ils connaissent la précarité, analyse-t-il.
[cleeng_content id= »623654810″ description= »Pour lire la suite de cet article, vous avez la possibilité de l\’acheter à l\’unité ou via un abonnement » price= »0.49″ t= »article »]Quoi qu’il en soit, «il y a urgence à lancer le débat public. Cela requiert la participation de tous les citoyens. Il faut faire partager par tous le bien-fondé de la coopération». D’autant que l’UE n’a pas réellement prévu de budget pour cette noble cause.
Aussi Charles Goerens va-t-il prendre son bâton de pèlerin pour convaincre. Il a noué ses premiers contacts en Allemagne, compte se rendre à Paris et à Londres. Et tentera de convertir à sa cause Bill Gates quand celui-ci, en janvier prochain, se rendra au parlement européen.
La coopération, une plus-value pour l’Europe? Goerens n’en doute pas un instant. A tout le moins a-t-elle tout à gagner, en Afrique notamment, «d’une sécurité militaire, intérieure et sur le plan de la santé».
A cet égard, Ebola est dans tous les esprits. «Le monde entier doit faire front contre un fléau qui est planétaire. Nous vivons une communauté de destin. Il ne faut pas croire qu’Ebola est éloigné de l’Europe. Agir sur le front africain, c’est aussi prévenir la contagion chez nous. Il faut jeter les bases d’une politique nouvelle. L’UE doit se doter d’une capacité de reconnaissance des phénomènes menaçants.»

Grand bond en avant

Et Charles Goerens de paraphraser l’ancien commissaire européen, coreligionnaire libéral, Louis Michel: si nous n’agissons pas par altruisme, agissons au moins par égoïsme.
Cela dit, le député, dans un contexte de partenariat davantage que d’aide unilatérale, déclare «les Européens sont leaders». Il y voit aussi une méthode pour damer le pion à une Chine particulièrement envahissante et obscure en Afrique.
Mais qui dit «santé», dit aussi «couverture sociale». Laquelle n’est pas vraiment l’apanage de l’Afrique où l’Europe observe plus particulièrement l’évolution d’une douzaine de pays qui connaissent un taux de croissance oscillant entre 6 et 14%. C’est le cas de l’Ethiopie, du Ghana et du Mozambique. Mais aussi du Rwanda qui, après avoir vécu tant de drames liés aux génocides, est parvenu à instaurer la sécurité sociale pour quelque 90% de sa population. Le Malawi lui emboîte le pas.
Charles Goerens confesse vouloir faire de l’accès à la sécurité sociale pour tous son maître mot en 2015. «Ce serait vraiment le grand bond en avant», dit-il.
L’eurodéputé imagine qu’un prochain sommet Union européenne-Union africaine se penche sur la question d’une sécu pour tous. «L’UE pourrait apporter une aide au démarrage du système, cofinancée par des ONG. Elle peut aussi apporter son assistance technique, notamment sur le plan de la gouvernance.» Ceci pour tirer profit de la globalisation mais, contrairement à l’Amérique latine, sans accentuer davantage les écarts de richesse au sein même des pays.

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