Un mondebouché à l’émeri?

Parfois, on aimerait prendre la clef des champs, tellement il y en a qui en tiennent une couche. Au point de n’avoir qu’une envie, celle de leur rabattre le caquet afin qu’à toute bringue, ils boivent le bouillon de onze heures…

Danièle Fonck / Point n’est besoin d’être une flèche pour comprendre que toutes ces belles expressions, tirées d’un ouvrage de Bernard Pivot (100 expressions à sauver, Albin Michel) sont une ode. Ode à la langue française, ode à la langue tout court pour mieux illustrer chaque mot, chaque phrase. Tout écrit a un sens.

Est-ce pour cela qu’aujourd’hui tant de personnes évitent d’écrire, voire recourent aux abréviations que facilite le web? Ou pour masquer leur incompétence, leur lâcheté? Cacher qu’elles sentent le fagot si ce n’est carrément le roussi?

Mais finissons en et, citation de Philippe Solle-s que répète Marcel Duchamp, laissons pisser les mérinos pour nous intéresser aux méfaits de l’époque.

Le Venezuela par exemple.

Panne informatique irréparable, infrastructures défaillantes faute d’investissements nécessaires en temps utile, le «black out» est un fait et la population en souffre.

Nul ne peut décemment nier que Washington n’aspire qu’à une chose, se débarrasser de Maduro et reprendre la main dans un pays que les Etats-Unis ne contrôlent plus et qui, en dépit de l’immense pauvreté ambiante, n’en reste pas moins l’un des plus riches d’Amérique latine. Maduro est un autoritaire, un militaire, une caricature de démocrate. Il faut en même temps préciser que l’héritage qu’il a reçu, tel une dote, comprenait une longue liste d’erreurs dues à l’idéologie chavézienne dont il n’a pas réussi à se défaire. Où est la sortie? Un changement de régime? Mais lequel et avec qui? Et surtout comment?

La réponse paraît aisée. Par des élections démocratiques, donc libres. Reste à savoir où est la liberté quand il n’y a que de l’intox, de part et d’autre, des lobbies à l’œuvre partout.

Le Venezuela est un cas intéressant en ce sens que, tandis que les idéologues s’affrontent, nul ne se soucie de savoir comment on a pu en arriver là sans que quiconque ne tire la sonnette d’alarme. Car si ce travail d’analyse politique était fait dans les instances internationales dont c’est la raison d’être, alors – peut-être – pourrait-on prévenir d’autres drames, d’autres déchirements, d’autres misères dans d’autres pays.

Ah, l’Europe fascinée par le Brexit! Un combat du siècle dernier.

«Loin des yeux, loin du cœur» semble être sa devise en forme de loi kilométrique. L’Afrique, c’est loin; l’Amérique du Sud est, elle aussi, lointaine. Drôle de conception de l’humanisme et du reste des intérêts géo-économiques et géostratégiques. L’avenir du monde ne dépend pas de la frontière entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Il dépend en revanche de la dignité de vie des peuples de la planète, de Stavanger à Montevideo, de Manille à Rio, d’Oran à Maseru, de Gaza à Sanaa. Sans cela, pas de paix.

Peut-être est-ce là ce que nous voulons? Ainsi, les marchands d’armes continuent de gagner de l’argent, leurs industries fleurissent et les emplois y seront préservés. L’autre manière de voir les choses et de le dire: je m’en mords-le-doigt!