Mise en question

Même s’il se réfère parfois à Hattie pour souligner l’importance de l’enseignant dans l’acquisition de compétences par l’élève, Claude Meisch n’est en définitive pas, pour une raison ou une autre, un ami des enseignants. Dès le début de son mandat, par petites touches successives, il ne leur a certainement pas rendu la vie plus facile.
A quelques mois de la fin de son mandat, le projet de loi modifiant le fonctionnement et les contenus du «lycée-pilote», devenu entre-temps Lycée Ermesinde, montre clairement que le ministre néolibéral aimerait bien remplacer le corps enseignant, élément relevant de la Fonction publique, par des individus plus malléables et corvéables. C’est l’extrême importance accordée aux «unités d’entreprises» dans la nouvelle mouture de ce lycée qui lui permet de développer sa philosophie. Certes, celle-ci ne s’appliquerait pour l’instant qu’à un seul lycée, mais il est probable qu’il ne s’agit que d’une première étape. Une phrase, tirée du commentaire des articles, réjouira certainement tous ceux qui, professeurs d’économie, ont mené avec beaucoup de succès dans de multiples lycées, classiques comme généraux, des expériences comme les «mini-entreprises»: «Il convient par conséquent de placer les entreprises sous la responsabilité d’un personnel ayant une expérience étendue du monde économique réel.» Des compétences dont ils ont pourtant fait preuve de par le passé leur sont tout simplement déniées. Et, pour le moins aussi grave, sinon plus, la totale absence de formation pédagogique de ce nouveau personnel («les employés» dit le texte du projet de loi) ne joue aucun rôle. Beaucoup d’artisans nous ont confié combien ils avaient pu souffrir de ce manque de compétences pédagogiques de leur patron lors de leur apprentissage pratique; il pourrait certainement en être de même dans les «unités d’entreprise» du Lycée de Mersch.
Mais la pédagogie, ce n’est pas la tasse de thé de Meisch. Le commentaire des articles est explicite quant à la raison essentielle pour laquelle on engage des «employés»: «La présence accrue sur place, y compris pendant les vacances scolaires, impliquée par le statut d’employé, est également souhaitable. L’expérience montre en effet qu’une entreprise menée seulement par des enseignants avec leur tâche d’enseignement minutieusement calculée par des unités d’enseignement peut difficilement assurer sa mission de production et de gestion.»
La formulation «des enseignants avec leur tâche d’enseignement minutieusement calculée par des unités d’enseignement» est pour le moins maladroite, mais elle résume parfaitement l’état d’esprit du ministre: «Les profs, ça ne travaille pas assez et ça a de trop longues vacances.»
Son populisme pourrait lui apporter quelques voix venant d’électeurs de l’ADR, mais son calcul est risqué, son parti étant devenu au fil du temps le parti des fonctionnaires.
Ce qui nous consolera, c’est que ce projet de loi n’a que peu de chances d’être au programme de la Chambre des députés avant les prochaines élections. Et s’il était voté, il risquerait de passer aux oubliettes, comme le «tronc commun» que Robert Krieps et Guy Linster avaient fait voter en dernière minute.

André Wengler