Mise à Nues… / Brigitte & leur Palladium intime ce 17 avril à la Rockhal

Annie Gaspard / Adieu paillettes et perruques, Aurélie & Sylvie,plus unies que jamais dans leurs différences, vont au cœur des femmes…

Deux femmes et un seul prénom – Brigitte – pour un duo singulier qui flirte avec la gémellité sans vraiment s’y piquer et ondule hanches et mots avec impertinence, audace, intelligence, culture et liberté, sûr que ces deux nanas-là allaient faire du chemin dans une chanson française parfois trop formatée. Et vrouumm, Sylvie & Aurélie démarraient en trombe en 2010 dans la Benz d’NTM relookée à la Brigitte. Puis s’enchaînent un premier album Et vous, tu m’aimes? (double disque de platine et une Victoire de la musique), un succès fulgurant, une seconde poussée créatrice A bouche que veux-tu, des tournées giga en France et dans le monde et puis ce dernier album Nues qui amène le duo dans le trio de tête des «artistes féminines 2018» aux dernières Victoires de la musique avec des chansons plus intimes et personnelles qui sortent de l’Elaboratoire (comme elles avaient nommé leur tournée test en 2014) de ces deux têtes chercheuses qui se réinventent sans cesse et aiment surprendre…

Un troisième album millésimé qui, après dix ans de voix (voie) commune, conforte les deux ex-chanteuses solo dans le choix de leur nom de scène. Sylvie Hoarau, la brune du binôme, regarde le chemin parcouru à travers ses lunettes rondes: «C’est vrai que plus le temps passe, plus on se dit que l’on a vraiment bien choisi notre nom de groupe, un espèce de nom qui est à la fois l’évocation de femmes particulièrement libres, sulfureuses parfois, audacieuses, et en même temps de femmes comme les autres, très françaises, familières, qui vivent au quotidien, la dame de la cantine, la boulangère…».

Et Brigitte creuse le sillon féminin, enfonce le clou du Battez-vous des débuts, remue les couteaux dans les plaies pour en faire sortir une sorte de résilience, presque une injonction aux bonheurs «malgré tout», à suivre ces «belles de jour» ni putes, ni soumises qui choisissent d’être elles-mêmes loin des diktats et des carcans qu’on leur impose. «C’est notre cheval de bataille depuis le début avec une logique et une cohérence il me semble et l’on est ravies évidemment de ce grand mouvement qui se lève autour du #Metoo que l’on espère n’être qu’à ses débuts!».

Et aujourd’hui cette «mise à nues» nous montre les visages, sans fard cette fois, de deux femmes ancrées, contraires et complémentaires qui semblent plus unies que jamais. «Dans notre duo, on se porte l’une l’autre et on s’est mutuellement sauvées. Ce qui nous touche surtout, c’est de voir que les femmes se retrouvent dans nos chansons qui parlent pourtant de choses très intimes. C’est vrai que dans notre second album on avait joué beaucoup sur les artifices, nous y étions jumelles avec perruques, costumes, maquillage, vernis à ongle identiques. A l’inverse, ce nouvel album est presque frontal et son titre évoque nos vérités nues. On a tout retiré pour retrouver nos identités propres. Pas nos vêtements bien sûr – on peut d’ailleurs être sexy sans être nues! – car en général on est plutôt couvertes. Sur scène, on a des robes longues avec des manches longues, on n’est pas particulièrement connues pour notre nudité!» (rire).

Et dans les onze chansons de Nues, il est beaucoup question de douleur, de sauver sa peau, de se consoler, de sororité réconfortante, de père manquant. On y croise nos pairs, nos pères, nos sœurs, nos intimes étrangers, nos alliés, nos idoles, nos amours pour l’amour, nos amours pour la vie et on y sent ce vent de liberté qui souffle un «sois qui tu veux!».

Un troisième album qui se met aussi à… l’Ouest, celui de la Californie où la blonde Aurélie Saada, qui aime répéter que le mouvement fait la création, est partie seule vivre une année. «Ce changement de lieu, notre séparation, la rencontre nouvelle d’Aurélie avec un piano là par hasard dans la maison qu’elle louait, nous a fait sortir de notre zone de confort et c’est très bien de se retrouver avec une table rase, une autre feuille blanche avec d’autres histoires à raconter. Mais même si on essaye de faire des chansons différentes dans chaque album, tout ce qu’on fait est lié, il y a déjà un peu de tout dès le début, on y a toujours mélangé styles, époques, on a toujours mis un peu d’Orient et d’Afrique». Mais ce Nues, enregistré entre Los Angeles et Paris, nous rappelle bien des choses aussi des années 70 et 80, du temps où Berger, Gall et Sanson, Elton Jones, Fleetwood Mac, Carole King ou Joni Mitchell chantaient…