Michel Sardou à la Seine Musicale, baron tranquille pour sa « dernière danse »

En toute décontraction, noeud pap’ défait, main dans la poche, mais pas la langue dès qu’il s’agit de charrier l’auditoire, Michel Sardou s’est offert une entrée en matière triomphale, mardi soir pour sa première date à la Seine Musicale.

C’était quasiment gagné d’avance avec ce public de fidèles – de 7 à 77 ans, voire plus, qui court se poster devant lui en fin de tour de chant, comme court sa fameuse « Maladie d’amour » reprise en choeur une heure auparavant. Entamée en octobre, la tournée d’adieu à la chanson que Sardou a sous-titré « La dernière danse » fait salle comble partout en France. L’habitué de Bercy, qu’il éreinte au passage – « Une horreur cette salle. Si, si, je vous le dis!

Quand on est sur scène et que le dernier rang se trouve à 350 mètres, on me voit grand comme une salière! » -, semble apprécier sa première fois sur cette Seine musicale où règne une ambiance chaleureuse. Dès son apparition dans l’ombre, après un diaporama de photos remontant les temps forts de sa carrière, ses admirateurs se lèvent et l’acclament. Il entonne « Salut », ce titre qui clôt habituellement ses spectacles. Il enchaîne avec « La java de Broadway » accompagné par une trentaine de musiciens, dont quinze violonistes, uniquement des femmes, et cinq cuivres.

Le plus souvent immobile, menton levé malgré quelques coups d’oeil sur le prompteur, Michel Sardou esquisse quelques sourires assurés et déroule ses tubes, « Vladimir Illitch », « Les vieux mariés » et ce « Je vais t’aimer » aux arrangements « morriconiens ».

Le chanteur de 70 ans décide soudain de « ne pas faire plaisir » au public. « Je vais vous chanter une nouvelle chanson », dit-il avant d’interpréter « San Lorenzo », issu de son dernier album « Le choix du fou ». Il rend ensuite hommage à Barbara en reprenant, guère à son avantage, « L’aigle noir », la voix peu assurée derrière des arrangements pompiers. Autant reprendre ses propres tubes: après « Le France », Sardou balance un petit medley réunissant « En chantant », « Les bals populaires » et « Le rire du sergent ». L’ambiance est à la fête, Sardou se fait apostropher. Il y a ce fan qui lui dit « Je t’aime! » et à qui il répond: « je t’aime, oui, mais ça c’est trop tard mon vieux ». « La maladie d’amour » offre un fort moment de communion. Les têtes dodelinent, lui semble impavide. La force de l’habitude certainement, avant de poursuivre « Les Ricains », jouée festive comme à la New-Orleans. L’air de rien, Sardou s’amuse et ne peut s’empêcher de provoquer en introduisant « Etre une femme », ce titre de 1981 à propos duquel les féministes « n’ont rien compris, elles n’ont rien dans la tête ». Sourd aux sifflets, il persiste: « J’ai été flagellé, crucifié, alors qu’il n’y avait rien d’antiféministe ! Et aujourd’hui, elles font toutes ces métiers » qu’il leur destinait dans sa chanson, « cinéaste », « contremaîtresse », « gardien de la paix », « chauffeur de car ».

Visionnaire Michel, mais quelque peu à bout de souffle pour chanter cette « Femme des années 80, mais femme jusqu’au bout des seins ». « Salaud! », lance-t-il à son orchestre qui ne l’a pas attendu. Le public rit, comme il rit en entendant la voix de Jackie Sardou, qui perturbe « Comme d’habitude », comme dans le sketch, écrit par Jean-Loup Dabadie, qui réunissait la mère et le fils au début des années 80. Une époque où Sardou connut un de ses plus retentissants succès, avec « Les lacs du Connemara », ici interprété pour seul rappel et qui a fini par transformer la Grande Seine en un karaoké géant.

Michel Sardou est la Seine musicale jusqu’au 7 janvier puis y reviendra deux soirs en mars (14 et 15) pour les derniers feux d’une tournée qui va encore sillonner la France pendant près de trois mois.