Méprise / Maltraitance

Danièle Fonck / On savait qu’il y avait (et qu’il y a) des femmes battues, des femmes harcelées, des femmes dénigrées, des femmes calomniées. Mais a-t-on jamais évoqué les femmes-mulets?

L’Agence France Presse (AFP) raconte l’histoire de ces femmes «porteuses», triant et traînant des sacs de marchandises de l’enclave espagnole de Ceuta vers le Maroc, leur permettant ainsi d’échapper aux taxes. Les marchands qui se servent de ces «hamalates» se foutent royalement de leurs dos déformés. Pour eux, l’argent seul est roi. Le fait que le travail de plusieurs ONG vienne de porter ses fruits, les autorités espagnoles les dotant désormais de chariots, est considéré comme un début de victoire. Peut-être. Même si l’on se demande si tirer un chariot chargé de 60 kilos et plus de ballots ne restera pas sans dégâts de santé majeurs.

Etre femme est une chance. Et un grand malheur à la fois. Chance, parce qu’une vie de femme est une vie de combat, souvent dans l’intérêt des autres, notamment d’hommes qui ne s’en aperçoivent pas.

Oserait-on jamais commenter la voix d’un homme? Le qualifier d’«hystérique» s’il l’élève? Oserait-on le couper en pleine intervention? Peut-on imaginer qu’on le prive du droit de réponse? De contradiction? Non, évidemment. Inimaginable.

Bizarre que le «sexe fort» se fasse au fin fond du désert apporter l’eau par de «faibles femmes». Surprenant que l’école continue, à un niveau supérieur, à être secondaire pour les jeunes filles. Stupéfiant que les rares qui «réussissent» soient censées le devoir à un homme. Comme si derrière chaque «grand homme» ne se cachait pas une femme forte, facilitant sa vie, son ascension…

Les femmes-mulets représentent, quelque part, un cas d’école. A-t-on connaissance du moindre communiqué officiel d’indignation sur cette planète, à part ces quelques ONG précitées? Que nenni! Cela ne doit pas rapporter en notoriété. Ou alors l’information n’a pas besoin d’être relayée et l’inculture générale fait que l’on ignore le dossier.

Quelles sont les causes, depuis la nuit des temps, de ces comportements ancestraux indignes – conscients et inconscients – du mâle vis-à-vis de la femelle? La génétique? L’éducation? Ou la bêtise?

Bêtise qui consisterait à se méprendre sur les capacités innées des maltraitées à travers les temps et les générations à résister à l’abominable et à l’innommable.

* Référence: AFP/Le Monde