Mauvais augure / Vers la fin de la non-prolifération nucléaire

 

Jacques Hillion / C’est l’un des reliquats de la guerre froide qui vient de s’écrouler dans une indifférence presque totale. Les Etats-Unis de Donald Trump, suivis dès le lendemain par Vladimir Poutine, ont suspendu le 1er février leur participation au traité FNI, un traité de désarmement sur les missiles nucléaires intermédiaires.

Signé en 1987, son but était de réduire les risques d’affrontement entre les deux grandes puissances de l’époque, Etats-Unis et Union soviétique et, plus prosaïquement, entre les membres de l’OTAN et ceux du pacte de Varsovie.

Petit retour en arrière. Les années 80 furent le théâtre d’un bras de fer entre les deux puissances mondiales à coups d’installations de missiles nucléaires sur le continent européen. Côté occidental, les manifestations contre le surarmement étaient multiples et la plupart du temps pacifistes. La chute du Mur était inimaginable mais la guerre, la vraie, était une possibilité inscrite dans toutes les têtes.

Seulement voilà, si l’écroulement de l’URSS a affaibli la Russie, Moscou est aujourd’hui de retour sur la scène internationale. La Syrie en est la preuve tout autant que le soutien de Poutine à Maduro alors que le Venezuela fait partie du «pré carré» états-unien selon la vision géopolitique traditionnelle que Washington porte sur le continent américain.

Pour les Etats-Unis, le retrait du traité ouvre la porte à la production d’un nouveau missile. Un réarmement réclamé notamment par la presse américaine après que Poutine eut annoncé, il y a moins d’un an, que la Russie possédait des armes nucléaires «invincibles».

Alors que le contexte de l’après-guerre froide était à la non-prolifération nucléaire, on assiste visiblement à un revirement spectaculaire.

Au point que le président de la fondation Carnegie pour la paix internationale considère que 2019 pourrait être une année aussi importante pour l’armement nucléaire que le fut celle de la crise des missiles de Cuba.

Face à cela, au sein même de l’Union européenne, des voix s’élèvent pour une reprise de la course à l’armement. Celles-ci craignent Moscou – l’ennemi potentiel comme le montre la crise ukrainienne –, redoutent un retrait américain de l’OTAN et se plaignent de l’absence d’une véritable armée européenne.

Un réveil des peurs ancestrales qui n’est pas de bon augure.