Malice et Malick / Luxfilmfest du 2 au 12 mars

La première internationale du nouveau Terrence Malick viendrait clore le Luxfilmfest, qui continue à miser sur un cinéma exigeant

Le Luxembourg City Film Festival est de retour pour sa septième édition, avec 81 films à l’affiche en onze jours.

Après une 6e édition qui n’a fait que confirmer son enracinement, attirant 21.900 spectateurs, bien loin des 4.700 des origines, le Luxembourg City Film Festival devrait poursuivre son envol, grâce notamment à un soutien financier renforcé de la Ville de Luxembourg et du ministère de la Culture.

Pour se placer sur la carte très dense des festivals de cinéma, le Luxfilmfest doit réussir des gros coups qui invitent au respect. A l’heure de dévoiler le cru 2017, le directeur de la programmation, Alexis Juncosa, n’était ainsi pas peu fier d’annoncer que la première internationale du nouveau Terrence Malick viendrait clore le festival.

Si le Luxfilmfest n’est pas encore suffisamment doté pour faire venir une des pointures qui figurent au cast de Song to Song, il parvient toutefois à ramener deux grands artistes d’outre-Atlantique: le comédien Ray Liotta et l’écrivain Douglas Kennedy. L’acteur du mythique Goodfellas (Les affranchis) de Martin Scorsese et de Hannibal, aura droit à un hommage le 5 mars et une masterclass le lendemain. L’auteur de Cul de sac et de La poursuite du bonheur se prêtera à une séance de dédicaces, et en introduction à la projection de son film culte, Double indemnity de Billy Wilder, évoquera les liens entre écriture et cinéma.

Pour la compétition officielle, le Luxfilmfest continue à miser sur un cinéma exigeant. Dix longs métrages sont en lice, à commencer par celui des lauréats de l’édition 2015. Kristina Grozeva et Petar Valchanov reviennent avec Glory, descente dans l’enfer bureaucratique d’une Bulgarie corrompue, par un simple cheminot qui trouve un magot sur la voie ferrée.

Le froid et le chaud

Leur fera face le nouveau film d’Ari Kaurismäki, The Other Side of Hope, qui se saisit, une nouvelle fois après Le Havre (2011), du thème du réfugié, en contant cette fois l’intégration d’un Syrien dans une Finlande aux mœurs difficilement pénétrables. Le festival fait aussi la part belle aux jeunes réalisatrices, avec la Canadienne Anne Emond qui, avec Nelly, raconte la vie d’une comète littéraire, écrivaine et call-girl, ainsi qu’avec la Suédoise Amanda Kernell qui, dans Sami Blood, traite du racisme à travers le parcours d’une jeune éleveuse de rennes lapone qui veut échapper à son destin.

Le racisme, c’est aussi sur la frontière américano-mexicaine qu’il se construit de nos jours, là où se trame Transpecos de Greg Kwedar. La chaleur étouffante et ensablée du film donne l’occasion d’une masterclass sur l’esthétisme des films, en présence du réalisateur et de son scénariste.

La section documentaire met aux prises sept œuvres, dont le très attendu I Am Not Your Negro de Raoul Peck qui explore, en faisant appel aux textes des grandes figures du mouvement pour les droits civiques, la manière dont l’image de la communauté noire américaine est façonnée.

Pour sa part, Rat Film innove en tissant un parallèle entre la prolifération des rats et les problèmes de classe qui rongent tous deux à leur manière la ville de Baltimore. Tower mélange pour sa part animation, archives télévisuelles et témoignages, pour reconstituer le premier massacre commis sur un campus américain… en 1966.

Le Luxfilmfest sert également de vitrine à la (co)production luxembourgeoise, particulièrement bien achalandée en ce début 2017, avec notamment Barrage de Laura Schroeder, dans lequel le duo mère-fille, Isabelle Huppert et Lolita Chammah, se retrouve à l’écran, ou encore Mappamundi, réflexion de Bady Minck sur la création du monde, de retour du festival Sundance.

A noter encore la présence d’un pavillon consacré à la réalité virtuelle qui montrera les applications de cette révolution technologique au service de causes militantes.

Et sachez qu’il ne sera plus possible cette année de prendre des billets d’entrée à la caisse du soir.

Jerome Quiqueret

Infos: www.luxfilmfest.lu