Les maisons de retraite : un préjugé à briser

Une maison de retraite, est-ce un lieu d’isolement et de non-existence ? Les résidents manquent-ils de soins et de divertissements ? Afin de nous faire notre propre opinion, nous avons visité trois homes pour personnes âgées /Auteures : Kelly Biwer, Lisy Heck, Lynn Scharfenberger, Anne-Rose Schmit (6C05, Lycée classique de Diekirch)

Malheureusement, les maisons de retraite ont souvent une mauvaise réputation. On y redoute l’isolement, le manque de soins médicaux et d’hygiène, voire même la violence contre les résidents. Voilà pourquoi seules quelques personnes se rendent volontairement dans un home de leur choix.
Une fille de notre classe, dont le grand-père vivait dans une maison de retraite, a proposé de vérifier si les pensionnaires y ont tout pour être heureux. Nous avons fait nos recherches dans trois institutions du nord et de l’est du pays.

La Maison Schlassbléck à Vianden

Le Servior Schlassbléck à Vianden est très moderne, mais nous avons trouvé qu’il y règne une atmosphère froide et stérile similaire à celle d’un hôpital. Beaucoup de personnes étaient assises dans un fauteuil roulant ou se déplaçaient à l’aide d’un déambulateur.
Mme Franziska Kolf, chef du département Soins et encadrement, nous a accueillies avec gentillesse. Nous l’avons interrogée sur sa motivation de travailler dans une maison de retraite.

Mme Franziska Kolf a déjà travaillé dans plusieurs maisons de retraite en Allemagne et au Sanatorium de Vianden avant de rejoindre l’équipe du Schlassbléck.

Voici ce qu’elle nous a répondu : « J’aime travailler ici car les doléances des vieilles personnes me tiennent à cœur. Cette maison est leur dernier chez eux et je veux que les habitants s’y sentent bien. C’est mon rôle de veiller à leur bien-être. Notre maison est ouverte à tout le monde – et le personnel l’est également. » Si elle avait les moyens de changer quelque chose, ce serait « l’éclairage artificiel » de la salle des fêtes.
Ensuite nous avons parlé avec une aide-soignante qui s’appelle Carolina. Elle nous a raconté qu’elle avait fait un stage au Servior à Vianden alors qu’elle était encore élève au lycée. Elle y est revenue pour faire sa formation professionnelle. Une fois son diplôme en poche, elle a été embauchée. Mme Carolina explique qu’il est plus difficile pour un aide-soignant de trouver du travail dans un hôpital que dans une maison de retraite ou auprès d’un service ambulant de soins. Elle ne regrette pas son choix d’être devenue aide-soignante. Mais il y a aussi des jours où elle se dit qu’elle aurait mieux fait de choisir un autre métier. Son travail consiste à venir en aide aux pensionnaires dans toutes les tâches quotidiennes. Elle leur sert aussi les repas et les accompagne lorsqu’ils ont un rendez-vous chez le coiffeur ou chez le médecin.
Enfin nous avons interrogé une pensionnaire. Mme Maisy Baum est une femme aimable qui semble être en assez bonne forme. Sa chambre est grande et elle a une terrasse avec vue sur une cité résidentielle de Vianden. Lors de notre visite il y avait des décorations de Noël dans sa chambre : des guirlandes devant la fenêtre et un sapin de Noël en plastique sur la table.

Mme Maisy Baum a dû chercher très vite une place en maison de retraite, après un séjour à l’hôpital. Elle a d’abord été admise au Sanatorium à Vianden. Six mois plus tard, elle a déménagé au Schlassbléck.

Nous avons appris que notre interlocutrice vit dans la résidence depuis 2013 et qu’elle est la présidente du conseil des habitants. Elle s’occupe des plaintes des résidents. Une fois par semaine il y a une réunion avec la direction. Mme Baum est très contente dans cette maison de retraite : « Les employés sont gentils et ils font tout pour nous aider », dit-elle en riant. Mais au début, elle a beaucoup pleuré parce qu’elle n’était pas encore prête à quitter son domicile pour aller habiter dans une maison de retraite. « On aurait pu arroser les fleurs de toute la maison avec les larmes que j’ai pleurées ! », se souvient-elle d’un ton moqueur. La maison de retraite lui plairait-elle davantage si elle avait les moyens de changer quelque chose ? « C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre spontanément », constate Mme Baum. « Les employés organisent des activités dans la maison. Le lundi, je participe à l’entraînement cérébral. Le mardi, je vais à la messe et je joue au bingo. On peut gagner un bon pour une tasse de café ou une boisson. Le vendredi, j’avais l’habitude de rendre visite à ma fille qui est maman de jumelles. Mais depuis que les petites sont à l’école maternelle, leur mère a repris le travail. Maintenant, je participe à des ateliers de cuisine. Le jeudi, il y a l’activité balle et mouvement. » Par contre, Mme Baum aimerait bien que les employés sortent avec les résidents pour aller jouer au bowling ou pour faire des courses. « Mais beaucoup de personnes âgées sont en fauteuil roulant ou marchent avec un déambulateur et dans ce cas, il est difficile d’avoir accès partout », ajoute-t-elle, puis :
« Aujourd’hui, je n’ai pas d’activité et je m’ennuie un peu. Mais j’en profite pour fabriquer des bracelets pour notre marché de Noël ! » Les repas sont-ils bons ? Voilà la réponse de notre interlocutrice : « Il y a toujours des gens qui rouspètent ou qui trouvent que c’est trop salé… mais en gros, on ne peut pas se plaindre. Si quelqu’un a envie de manger un plat qui est rarement au menu, le cuisinier le prépare. »

 

La Résidence des Ardennes à Clervaux

 

Quelques jours plus tard nous nous sommes rendues à la Résidence des Ardennes à Clervaux. L’entrée est très belle et moderne. La cafétéria est accueillante. Quelques personnes âgées y boivent un café, dégustent un morceau de gâteau ou jouent aux cartes.
La directrice Danièle Schanck-Peiffer nous explique que la maison est un Centre intégré pour personnes âgées. Les pensionnaires sont encore autonomes – ce qui n’est pas le cas dans une maison de soins. Notre interlocutrice apprécie le contact avec les collègues, les habitants et leur famille. Elle éprouve du plaisir à aider les vieilles gens et à organiser la vie au CIPA. Si elle pouvait changer quelque chose, elle aimerait avoir davantage d’infirmiers et d’aides-soignants hautement motivés. Elle souhaiterait également que la société réapprenne à apprécier ses acquis.
Ensuite, nous avons parlé avec le responsable des soins, Marc van Werweke. Il est infirmier mais il ne travaille plus dans les soins. Il organise le travail du personnel soignant et il planifie leurs horaires. Il arrange également le transport si un pensionnaire a besoin d’aller à l’hôpital. Il aime s’occuper de vieilles personnes parce qu’elles lui « apprennent beaucoup ». Et si quelqu’un meurt ? « Les résidents font partie de notre vie – c’est triste si l’un d’eux meurt. Dépendant de la relation que nous avons eue avec le défunt, notre deuil est plus ou moins profond. Hélas, la mort fait partie de la vie ! »
M. van Werweke est-il d’avis que les habitants sont heureux au CIPA ? « C’est ce qu’ils nous disent – mais quand ils sont entre eux, ils disent peut-être le contraire. Mais notre vœu le plus cher est que les gens se sentent à l’aise. Il y a sans doute des pensionnaires qui n’aiment pas trop être ici, car ils auraient préféré rester à la maison ou avec leur partenaire – mais leur partenaire est mort… Voilà pourquoi il y a également des gens tristes à la maison de retraite. »

Pour finir, M. van Werweke nous dit que l’âge moyen des résidents est de 85 ans.
En dernier lieu nous avons rendu visite à une pensionnaire, que nous allons appeler Madame A car elle n’a pas souhaité qu’on publie son nom. Une atmosphère paisible régnait dans sa chambre, une petite fontaine posée sur la table accentuant ce sentiment de bien-être. La chambre est grande, elle a une vue sur le fleuve. Madame A était très gentille et chaleureuse. Elle nous a invitées à boire quelque chose à la cafétéria. Madame A est une petite femme avec des cheveux gris. Elle a un humour pétillant.

Voici le compte-rendu de notre entretien :

 Madame A, vous plaisez-vous bien dans cette maison ?
Oui, j’aime bien être ici. Si je continue à me porter aussi bien, je vais y rester éternellement (elle rit). Le personnel est extraordinaire. Ils sont tous gentils avec moi. Aucun employé ne me regarde d’un mauvais œil ou est de mauvaise humeur. Quand vous êtes gentils avec eux, ils le sont avec vous. Je ne me dispute avec personne. Tout le monde m’aime bien.

 Vous propose-t-on assez d’activités ?
Oui, les employés font beaucoup d’activités avec nous. Mais comme j’ai des problèmes avec mon dos, je ne peux pas participer à toutes les activités. Par contre, les autres habitants disent que c’est très intéressant. Moi, j’y participe de temps à autre, quand je n’ai pas trop mal. Il y a aussi beaucoup d’excursions. Aujourd’hui, les pensionnaires sont allés à Marnach, une autre fois à Weiswampach. Le personnel nous accompagne également chez le médecin.

 Les repas sont-ils bons ?
Oui… Parfois il y a des choses qu’on n’aime pas, alors on le laisse dans l’assiette. Il y a souvent de la salade. Jusqu’à présent, j’ai toujours pu manger de tout et c’était bon.

 Comment se fait-il que vous êtes venue vivre ici ?
Après la mort de mon mari, je suis restée seule à la maison pendant onze ans. D’abord j’ai réussi à me débrouiller toute seule. Ensuite, mes douleurs de dos m’ont contraint à demander une aide à domicile. Quand cette personne est tombée malade, ma petite-fille a voulu rester à la maison pour s’occuper de moi, mais moi, je ne voulais pas qu’elle renonce à son travail. J’ai pris moi-même l’initiative d’écrire une lettre pour demander s’il y avait la possibilité d’avoir une chambre dans cette maison de retraite. Cela fait sept ans que j’y habite. C’est beau ! Si j’ouvre la porte-fenêtre, le soleil entre dans la chambre.

 Avez-vous beaucoup de contacts avec les autres résidents ?
Je vais toujours à la cafétéria – je connais tout le monde ici. J’ai revu beaucoup de personnes que j’ai connues jeunes et que j’avais perdues de vue depuis longtemps. Je ne passe pas beaucoup de temps dans ma chambre. Je n’aurais pas eu besoin d’une si grande armoire (elle rit)… J’ai un lit, un fauteuil, une chaise et une table. Si quelqu’un me rend visite, il s’assoit sur le lit. J’entends quotidiennement des gens se plaindre et dire qu’ils s’ennuient. Mais si on ne fait plus rien, l’ennui s’installe. Moi, je tricote et je sors pour me promener. Je ne suis pas très en forme, mais je peux marcher un peu. J’ai 86 ans… Mais voyez-vous, si on reste assis dans son fauteuil à longueur de journée, on dépérit doucement.

 Avez-vous un vœu particulier ? Quelque chose qu’on pourrait faire pour que vous vous sentiez mieux ?
Que voulez-vous que j’aie comme souhait ? J’ai toujours de quoi manger, une douche, des toilettes – que puis-je souhaiter de plus ? Je n’ai plus de maison, elle a été vendue, je dois rester ici et j’aime être ici. J’ai un fils et une fille qui sont heureux que je sois toujours en vie. J’ai déjà trois arrière-petits-enfants, âgés de dix, huit et deux ans. Je suis heureuse quand ils viennent me voir avec leurs parents. Que pourrais-je souhaiter davantage ? Pouvoir marcher plus aisément ? C’est fini. Je suis arrivée ici quand j’avais 85 ans. J’ai eu une vie remplie. Quand j’étais jeune, j’ai aidé à porter les pierres pour construire notre maison. Maintenant, je l’ai vendue. Les gens qui l’ont achetée sont sympathiques. Ils sont contents d’avoir acquis la maison – que vouloir de plus ? Je suis en paix avec moi-même. J’aime me promener dans le couloir et écouter les blagues que me raconte Änder – ou j’aime en raconter moi-même. Jeanne en rit toujours !

Le Haaptmann’s Schlass à Berbourg

 

Le jour de notre visite au Haaptmann’s Schlass, l’entrée était décorée avec un arbre de Noël. À côté de la réception il y avait un traineau tiré par des rennes, le tout était en bois. Il y avait également des guirlandes et des boules de Noël. Toute la maison était éclairée et il y régnait une atmosphère conviviale.
Selon la directrice, Mme Mariette Zacharias, le home dont elle est responsable est un des plus beaux du pays. « La maison se trouve en pleine nature. Beaucoup de nos pensionnaires souffrent d’une démence. Nous n’avons pas de station fermée. Les gens peuvent sortir à leur guise – ce qui leur fait du bien. Nous avons des contrôles, et divers systèmes de sécurité. Les habitants peuvent ouvrir toutes les portes – ils n’ont pas l’impression d’être enfermés. »
Si Mme Zacharias avait les moyens de changer quelque chose, ce serait l’assurance dépendance. « J’ai peur que nous n’aurons plus les moyens d’engager suffisamment de personnel », dit-elle. 7.

L’une des employées est Mme Anna. Elle explique être aide-soignante « par vocation ». Elle essaie d’accompagner au mieux les résidents en leur offrant un environnement chaleureux et agréable – jusqu’à la mort. « Si les gens sont au plus mal, la mort met fin à leurs souffrances. »
Nous nous sommes brièvement entretenu avec un résident, M. Emile Krack. Il dit avoir choisi cette maison car « c’était la plus belle ». Il est très satisfait et n’a aucun souhait particulier. Selon lui, les repas sont si bons – « qu’ils font même grossir ». Malheureusement, M. Emile Krack est décédé quelques semaines après notre visite. Sa petite-fille en est très triste.
Voici ce qu’elle nous a confié : « J’aimais passer du temps avec mon grand-père car il s’intéressait toujours à ce qui me préoccupait. Il m’écoutait avec patience et me donnait des conseils. Au fil de nos conversations, j’en apprenais également beaucoup sur sa vie. Il est né le 3 février 1945 à Esch-sur-Alzette comme cadet de trois enfants. Il a fait ses études secondaires au Lycée technique agricole. Ensuite, il a travaillé comme infirmier psychiatrique au CHNP à Ettelbruck. Il est décédé le 9 janvier 2019. Mon grand-père était très content dans la maison de retraite où il a vécu depuis le 8 juin 2015 et le personnel s’est bien occupé de lui. »

Commentaire

D’après ce que nous avons recueilli comme témoignages lors de nos visites aux trois maisons de retraite (Vianden, Clervaux et Berbourg), nous pouvons nous rallier à l’avis de la petite-fille de M. Krack : Nous avons l’impression que le personnel s’occupe bien des résidents. La plupart des pensionnaires que nous avons rencontrés nous ont souri. Ceux avec qui nous avons parlé, participent aux activités et cherchent le contact avec les autres habitants. Les pensionnaires peuvent recevoir de la visite chez eux ou encore rendre visite à leur famille.
Il y a certes des gens tristes parmi les pensionnaires. Mais malheureusement personne ne peut leur rendre leur partenaire défunt ou empêcher que leur état de santé se dégrade. À la maison, ces personnes seraient seules et parfois isolées. Tel n’est pas le cas à la maison de retraite. Mme A a expliqué avec beaucoup d’humour : « Aucun employé n’est malveillant ou de mauvaise humeur. Quand vous êtes gentils avec eux, ils le sont avec vous. » Cela vaut pour toutes les relations humaines – à la maison de retraite, en famille, dans le voisinage ou avec les amis. Le bonheur d’une personne âgée ne dépend pas de son lieu de vie, mais de son ouverture d’aller vers l’autre.
Dans un article de presse nous avons lu qu’une jeune étudiante luxembourgeoise vit dans une maison de retraite à Trêves. Elle ne paie pas de loyer, mais elle a dû s’engager à passer un certain nombre d’heures par mois avec les pensionnaires. Elle joue à des jeux de société avec eux, les accompagne au marché ou leur propose diverses activités comme des ateliers de cuisine ou de danse. C’est une belle initiative. Ne pourrait-on pas la réaliser également dans notre pays ?