Mai 68 / Participation en panne

Jérôme Quiqueret / Si on l’a longtemps restreint au milieu étudiant parisien pour mieux en contester la légitimité et le potentiel subversif et si on a voulu le réduire à un mouvement spontané pour mieux en contester les racines, le mouvement de Mai 68 ne fut pas un mouvement uniquement libertaire, communiste ou situationniste. Il fut aussi un moment de l’Histoire où des millions de travailleurs ont pu dire enfin ce qu’ils avaient sur le cœur.

L’historienne Ludivine Bantigny a fait un relevé non exhaustif des mouvements paysans et ouvriers. On y voit des solidarités se créer.

Ainsi, à Renault-Billancourt, les cadres se sont mis en grève pour dénoncer l’oppression technocratique. En ces temps révolutionnaires où remontent à la surface idées et émotions des révoltes passées, ils la comparaient à ce que fut au XVIIIe siècle le despotisme éclairé. A savoir un régime qui pense à la place de celui qui le tolère. Sans espoir de participation et avec une chance minime que l’imagination du citoyen parvienne un jour au pouvoir. Ces cadres demandaient des améliorations psychologiques par l’accession de chacune et chacun à des responsabilités et la participation de tous aux décisions.

Cinquante ans plus tard, on n’est à cet égard pas allés bien loin. Si le désenchantement de la jeune génération et son indifférence présumée semblent trancher avec les générations précédentes, c’est aussi parce que le pouvoir politique n’a concédé qu’une place minime à la participation.