Maduro, illégitime? / Resistances

Le 23 janvier dernier, Juan Guaido s’est autoproclamé président «par intérim» du Venezuela. Président du parti Voluntad Popular, il venait d’être élu à la présidence de l’Assemblée nationale. Trois minutes après cette proclamation, les Etats-Unis ont reconnu ce nouveau président suivis, quatre minutes plus tard, par le groupe de Lima composé de 14 pays d’Amérique latine. Preuve qui montre à quel point cette proclamation a été orchestrée par Washington. Plusieurs pays européens dont la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni reconnaissent également Guaido après avoir adressé, le 26 janvier, un ultimatum à Maduro lui donnant huit jours pour convoquer de nouvelles élections présidentielles. Ce que Maduro a refusé. Lors d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bucarest, le 31 janvier, l’UE est apparue divisée, des pays comme la Grèce et l’Italie écartant une telle position.

Dans une lettre rendue publique le 24 janvier, Noam Chomsky et 70 intellectuels américains marquent leur opposition à l’intervention américaine visant à renverser le gouvernement. Ils écrivent que les problèmes résultant de la politique du gouvernement du Venezuela ont été aggravés par les sanctions économiques américaines. Celles-ci sont «illégales selon l’Organisation des Etats américains et des Nations Unies – tout comme selon le droit américain et d’autres traités et conventions internationales». «Elles sont la cause de la chute dramatique de la production de pétrole et de la mort de nombreuses personnes qui n’ont plus accès à des médicaments vitaux.»

Selon le droit constitutionnel, la démarche de Juan Guaido est douteuse, affirme Der Spiegel (Nr 5/26.1.2019). Le paragraphe de la Constitution sur lequel il s’appuie prévoit certes que le président du Parlement assume les affaires gouvernementales en cas de «défaillance absolue» du Président comme par exemple en cas d’«incapacité corporelle ou mentale». Or, constate le magazine allemand, Maduro n’est ni malade, ni frappé d’une défaillance. L’élection de Maduro a-t-elle été illégitime? Tel n’est pas le cas. Maduro a été réélu comme président le 20 mai 2018 en réponse à la demande de l’opposition de tenir des élections anticipées initialement prévues en décembre. L’élection a été fixée conformément à la Constitution du Venezuela et après consultation des partis d’opposition. Lorsqu’il est devenu évident que l’opposition ne pourrait l’emporter, trois partis ont décidé, sous la pression des Etats-Unis, de boycotter l’élection afin de ruiner sa légitimité. Seize partis ont participé, six candidats se sont présentés à la présidence. 9.389.056 personnes ont voté, soit 46% des électeurs.

Le processus électoral a été suivi par plus de 150 observateurs internationaux selon lesquels «les élections ont été très transparentes et conformes aux normes internationales et à la législation nationale». Maduro l’a emporté à une large majorité, obtenant 6.248.864 suffrages, soit 67,84% des votants; il était suivi par Henri Falcón avec 1.927.958 voix, 20,93%. Aucun candidat n’a contesté les résultats.

L’Europe serait bien inspirée de suivre l’attitude du gouvernement mexicain de Lopez Obrador et de l’Uruguay qui s’abstiennent de s’immiscer dans les affaires intérieures du Venezuela. Seule une solution négociée pourra sortir le Venezuela de la crise. Espérons que le groupe de contact entre pays européens et latino-américains qui commence ses travaux le 7 février à Montevideo, pourra y contribuer.

Jean Feyder,
ancien ambassadeur